Y’a pas le sel

par Léo d’en bas (groupe lyonnais)

http://www.myspace.com/leodenbas

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Prix Gros Sel du public: Dernier(s) jour(s) pour voter

261089_187854204632340_1845084373_q.jpgSi vous aussi vous voulez saler la vie de votre auteur belge d’expression francophone préféré, il vous reste deux jours pour le faire ici:

http://www.facebook.com/prixgrossel?fref=ts

Mes préférés (pour ceux que j’ai lus et chroniqués) sont sur ce blog dans Lu et approuvé:

La saga Maigros de Éric Dejaeger (Cactus Inébranlable éditions)

Comme un roman fleuve de Daniel Charneux (Luce Wilquin)

La Nostalgie du carillon de Virginie Holaind (Maelström réévolution)

Au plus près de Philippe Leuckx (éd. du Cygne)

Les enfants du Grand Jardin de Carine-Laure Desguin (Chloé des Lys)

L’homme à la Chimay bleue de Jean-Philippe Querton (Cactus Inébranlable éditions)

Lyrisme cosmique de Salvatore Gucciardo (éd. Astro)

Astronaute astigmate cherche robot cyclope version vintage spécialise en danse du ventre pour fantastique voyage intergalactique de Patrick Lowie (éd. PAT)

Bientôt les jonquilles de Marcelle Pâques (Chloé des Lys)

http://lesbellesphrases.skynetblogs.be/lu-et-approuve/

D’autres recueils sélectionnés sont sur la page des Chroniques de Philippe Leuckx

à commencer par Voz d’Eric Piette (Taillis pré)

Mais aussi les recueils de Daniel Simon, David Besshops, Philippe Mathy, Jean-Michel Aubevert, etc. 

http://lesbellesphrases.skynetblogs.be/chroniques-de-philippe-leuckx/

 

 

 

 

 

Les cancans de Cancale

3259936657.jpgLe 3ème recueil instantané d’Éric Dejaeger vient de paraître.

28 textes écrits sur place entre le 27 octobre et le 2 novembre, agrémentés de quelques photos.

Tirage limité. 

Pour le commander, et lire deux extraits, voir le blog d’Éric:

http://courttoujours.hautetfort.com/


Les pensées d’un observateur d’huîtres 

Quand Éric Dejaeger nous revient de voyage, il a pris l’habitude de nous régaler d’un recueil instantané. Après Dublin et le Grèce, voici ses souvenirs de Cancale et environs. Si ce sont de malicieuses (et jamais salaces – l’auteur de Maigros est en vacances) cancalonnades, écrites entre le 27 octobre et le 2 novembre 2012, il ne s’agit nullement de cancalonneries. Il y en a « vingt-huîtres » ponctuées d’aphorismes typiquement dejaegeriens qui déclinent (entre autres) le thème de l’huître, dans lesquels, c’est sûr, il y a plus d’une perle. Et on se plaît à voir en l’auteur des Pensées d’un ortieculteur un ostréiculteur en devenir. 

De l’étroitesse des ruelles du Mont Saint-Michel, l’auteur conclut que l’architecture du lieu doit non seulement à l’art roman et gothique mais aussi à l’art égyptien. Il fait le constat qu’il n’y a « aucune boutique spécialisée sur le mont-SM. » pas plus qu’on ne trouve, dans les produits du terroir, de miel de l’abeille du Mont St-Michel. De ses observations piquantes, il tire matière à des instantanés de poésie ordinaire, de celle qui nous fait penser que, si elle n’est pas forcément toujours belle, la vie recèle au quotidien, et spécialement pour l’auteur en terre étrangère, une réserve solide (et liquide).

A la fin de la lecture, on se dit que l’ami Thierry (à qui est dédié l’ouvrage, avec Jany « l’habituée ») a bien fait de rappeler à Éric d’alourdir son bagage de son désormais rituel cahier ligné Black Magic 16x21cm à spirale, d’un porte-mine Bic Critérium 2mm (taille mine inclus) et d’une gomme Pelikan AL20 (on n’est jamais assez préçuître). Et on le pousserait bien à reprendre vite la route pour nous divertir, selon son mot, d’un nouveau tuître.   E.A.


 

 

Un Microbe + un Mi(ni)crobe pour bien commencer l’hiver

3863554088.jpgLe 74e numéro du Microbe est paru.

Au sommaire :
N
icolas Brulebois
Jean-Marc Couvé
Guillaume Decourt
É
ric Dejaeger
J
ean Klépal

Dr. Lichic
C
atfish McDaris
L
ouis Mathoux
J
ean-Jacques Nuel

Houdaer - Mon film.jpgJany Pineau
T
homas Pourchayre
W
alter Rhulmann
R
obert Serrano

Guillaume Siaudeau
L
aura Vazquez

Illustrations : Cathy Garcia

Le 37emi(ni)crobe signé Frédérick Houdaer : MON FILM.

Pour commender le numéro, s’abonner ou tout autre renseignement, contacter Eric Dejaeger via son blog:

http://courttoujours.hautetfort.com/

Mes enlèvements

images?q=tbn:ANd9GcRMGj9xrb1EjiJLQaJ4azFHqvxgnljfAjeBO0c9h8wir2AJCT1-UdgJ-wSamedi soir, j’ai enlevé un écrivain à la sortie d’un salon du livre. Cela ne m’était plus arrivé depuis celui de Jean-Edern en 1982 après un enregistrement d’Apostrophes. L’écrivain enlevé ne mange pas ne boit pas n’écrit plus. Le mien voulait le Gros Sel. Je lui ai passé la salière, il a dit non. Pas ce sel-là, celui d’un kilo. J’ai fini par comprendre que c’était un prix prisé. Jean Edern voulait le Goncourt. Autre époque, autres mœurs. Je lui ai dit : j’ai le Gros Ciel à te donner : un dm³ plein d’air pur. Mais non, il n’en démordait pas, il voulait celui-là et pas un autre. Alors je l’ai laissé partir, il ne servait à rien. J’ai entendu son pas d’écrivain pressé dans le noir de l’escalier et je me suis dit que, la prochaine fois, j’enlèverais un homme ou une femme politique. Fadila, par exemple, qui ne sert plus les artistes. Cela me rappellera mon enlèvement de VDB en 1989. 


Haneke décline l’amour

images?q=tbn:ANd9GcSjJ5YWaOpF3-gkt27lW5RqLgrH03EIy8S32DV2DTUEBUIUJIpBSVaYPgpar Philippe LEUCKX

Après l’énigmatique « Caché » qui donnait de la banlieue une vision kaléidoscopique de vitesse et d’angoisse, après l’extraordinaire « Ruban blanc » qui dénudait jusqu’à l’os l’univers prénazi des consciences campagnardes, on avait un peu peur que Michael Haneke ne puisse retrouver l’aura de ces deux oeuvres, surtout celle de sa première palme d’or à Cannes. Tant de noirceur contrôlée par une mise en scène au millimètre des terreaux maléfiques, tant d’inclination à découdre le réel des bonnes intentions et à en démultiplier les occasions d’analyses, tout cela faisait qu’on craignait une déperdition.

Rien de cela, bien sûr. On est pourtant, ici, à mille lieues de la terreur prénazie d’un médecin pédophile et omnipotent, d’un pasteur tortionnaire.

On passe de l’Allemagne du nord (Vachendorf) au Paris haussmannien. Bref, retour à Paris, mais non à celui de la périphérie glaireuse.

Un couple, âgé, ils ont été musiciens et pédagogues. L’une des premières séquences les montre au concert, et retour chez eux, Haneke installe son système de mise en scène intimiste, instille son aire de jeu. Georges et Anne, la quatre-vingtaine assurée, vivent dans et pour la musique, la littérature, l’art. L’appartement abrite nombre de toiles de petits maîtres, des rayons à n’en plus finir de livres d’art, de littérature. on baigne dans une lumière riche de culture, avec grand piano à queue, salon bardé de petites photographies, retour de vacances.

Tout semble aller de soi, dans un confort de veille. Et puis tout commence à se défaire. Une tentative de vol dans l’appartement. Une angoisse qui se met à voler en l’air, diffuse, sérieuse.

Et Anne, très peu de temps après, reste bouche bée, inconsciente. La dérive commence.

L’hôpital, la chaise roulante, le côté droit paralysé : Anne n’est sans doute pour elle que l’ombre de ce qu’elle fut : diction assurée dans un corps qui résiste, qui a du mal à se mettre en place, dans le carcan terrible de la vieillesse maladive. Georges veille, est là pour aider, soulager. Il ne comprend pas toujours cette chute, cette absence, cette douleur. Il traîne lui aussi la jambe, trace sans doute d’un diabète qui corsète son pied.

Le film, dans une mise en place extraordinaire de précision physique, physiologique, d’atmosphère, suit la lente déchéance d’Anne, la deuxième attaque. C’est l’heure des mixtions involontaires, des vocables mangés de paralysie, des regards perdus dans des douleurs, des « mal » qui exsudent de la peau.

Georges, sa fille Eva, des concierges attentionnés (les Méry), un ancien élève d’Anne devenu pianiste célébré (Alexandre); ce petit monde dévoile peu à peu les aléas, les déconvenues, jusqu’aux affres du grand âge. Le regard sur l’autre cache mal l’étonnement devant ce qui se délite. Bergman n’est pas loin dans cette fixité des regards dans des draps souillés (on pense au « Silence » et à sa tuberculeuse).

Mais l’Amour est là, majuscule de pudeur pour glisser qui un oreiller, qui un geste sur une main abîmée.

Réflexion sur l’ordinaire de nos vies, « Amour » est sans doute clinique jusqu’au constat terrible du corps qui s’en va, et ressaut spirituel, sensitif, émotionnel d’une profondeur qui s’exerce, se maîtrise. Ce que l’on perd, sans doute peut-on aussi le regagner dans une proximité des peaux, des gestes.

Haneke ne magnifie pas l’amour ni l’idéalise : il l’empirise avec acuité. On a rarement vu telle pression de regard, telle souffrance, et tout à la fois telle prégnance dans ce qui est éperdu.

De magnifiques interprètes donnent coeur, corps, voix, tension, densité, physique décharné et souffrance, et amour à ces personnages : Emmanuelle Riva et Jean-Louis Trintignant sont Anne et Georges, absolument. Pas de jeu au sens d’expression dramatique. Ils sont : chair, sang, eau, mixtion, mots triturés, fond de gorge, souffles. INCARNATION.

On retrouve leur voix miracle de beauté, diction impeccable, presque impérieuse.

Isabelle Huppert, frémissante, vibratile, sensiblissime, donne un beau portrait d’Eva, leur fille.

Et puis, il y a le personnage de l’appartement. Filmé au plus juste, en très gros plans parfois, intimiste, cossu, fragile, à la lumière diverse, selon la progression des pas négligés de Georges…

Une palme d’or mille fois méritée. Un film inépuisable…dont j’ai peu dit, sur lequel je reviendrai…

Éric Piette: « Voz » ou la science noctambule


images?q=tbn:ANd9GcQPS8ivLg4Jbxj7Oahn0HtpD7phy4IAJ8AvHzakWnY3Q3XaHg9IRCRKiwpar Philippe LEUCKX

L’amoureux des trains (voz en serbe) qu’est Eric Piette, ce poète de moins de trente ans, publié au Taillis pré en 2011 et dont c’est le premier livre, l’est aussi des relations humaines qu’il célèbre dans la texture à la fois tendue et souple de ces poèmes d’Amour. Il le décline ici dans ses formes filiale, amicale, amoureuse, avec une rare ferveur, et une fidélité dans l’accompagnement des morts, des vivants.

Ses Amours défilent entre les gares de ses trajets intérieurs, étrangers, et le poème épouse le rythme d’un coeur qui sait battre juste.

images?q=tbn:ANd9GcRJOgNDCM2Vyv_XPVdjei9V7xcw2Bn1n4XWDUwR2MG49SUXy4m0AsqdLAAucun apprêt dans ces textes qui appellent à une sensualité joyeuse, à une fraternité de chambre glauque ou à une solidaire réunion dans la vasque défraîchie d’un hôtel miteux. Le poète se sent-il exclu qu’il se met d’emblée à héler le père perdu, à l’enjoindre de se joindre à la prochaine beuverie, en toute aménité. Au train des choses, à la rumeur des villes partagées (Liège, Belgrade, Bruxelles…), se mêle un goût très prononcé pour l’empathie, pour la sensation chaude et brute, pour le partage des bourrades et des rues. Eric a la religion de l’amitié précise , « le regard net » pour hisser l’enfance peureuse, quitte à « combler le retard » à coups de gares, d’ombres et d’échos.

Eric aime « avoir quelqu’un/ à qui causer/ d’états d’âmes imbéciles ». Aucune prévenance à son endroit et tant d’attentions à l’adresse du pote d’enfance, ce frère Sylvain, qui reçoit ici d’étranges messages chaleureux du vivant ami, dans l’odeur « des gens », qui reçoit des preuves poétiques d’une amitié dense, précieuse.

Une topographie, faite de « bidonvilles », d' »images grouillantes », de rôdeurs de gares et de voyages en grande fraternité, traverse ces pages justes, très descriptives, presque sans métaphores, comme des proses de soi, avec l’invite « d’un corps contre lequel se blottir ».

Quel désir de l’autre alors se niche, quel espace de manque se fait jour « dans l’exil du refus/ et l’existence recluse »!

Parfois sans doute brûle l’autre désir, d’une écriture qui puisse soulager « la parole brouillée » mais quel « désir/ d’être en vie/ dans l’espace d’une promesse »!

En matière de promesse, voici une voix intimiste, un brin cafardeuse, mélancolique et brute au sens de nue, avec ce goût – près des lèvres – de la perte et des errances, dans une minutieuse avancée nocturne, amère, et tout à la fois pleine, dense.

Un poète noctambule, qui livre corps et coeur, « se perd dans la ville », « boit aux fantômes ».

Et si le mot CICATRICE est presque celui de la fin, il augure d’une honnêteté, d’une vraie franchise à se dévoiler – au plus plus juste de sa vie.

Eric Piette, Voz, 2011, Le Taillis pré, 94 p.,  10€.