La télé de l’extrême

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castaldi.jpgIl escaladait son poste de télé, placé très haut dans son salon puis le regardait, la tête en bas, sans se tenir. La vue d’un Castaldi le faisait chaque fois s’effondrer. Il avait beau répéter l’action plusieurs fois par semaine, en suivant les conseils d’un coach acclimateur de Castaldi (père, fils & mère Allégret), il ne parvenait pas à s’habituer. 

Conversation avec mon chat

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Samedi soir, j’ai engagé la conversation avec mon chat. À moins que ce ne soit lui – on ne sait jamais dans ces cas-là qui prend l’initiative. C’est surtout lui qui a parlé et moi qui ai 52485084.jpgécouté, un peu pris au dépourvu par l’énormité de la chose. Il m’a annoncé qu’il allait me quitter, qu’il se sentait partir, qu’il en avait maximum pour trois mois… Après la surprise et la peine, je pense avoir trouvé les mots pour lui dire mon amour, combien il avait compté pour moi. J’ai le temps de commencer les démarches administratives : impression des faire-part de décès, achat de la concession, de la pierre tombale… Il ne veut pas se faire incinérer, il a toujours eu horreur des flammes. En attendant, je pense à une épitaphe. Régulièrement, je lui soumets des propositions mais il demeure désormais muet, à croire qu’il n’a jamais parlé.

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L’illustration est signée Christelle Cuche

http://www.christellecuche.fr/

 

UN LIVRE DE POEMES ADMIRABLE. LE GESTE ORDINAIRE. MAXIME COTON EVOQUE SON PERE.

Par Philippe LEUCKX

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Je ne devrais pas le préciser, mais je n’ose le cacher : je suis fier d’avoir été l’un des premiers à parler de Maxime Coton, quand il publia son premier livre, « La biographie de Morgane Eldà », au Tétras Lyre en 2004. Il n’avait que dix-huit ans. Je suis fier de lire, sept ans après un deuxième livre, plus copieux, 48 poèmes, qui tous, tournent autour de la figure du père, comme on « tourne » tout autour d’un sujet capital. Les mots ne veulent rien dire ou tout dire : LE GESTE ORDINAIRE est aussi un film « tourné » par le jeune Maxime Coton, vingt-cinq ans aujourd’hui; il y est question de PERE, de CAPITAL, au sens marxiste, de GESTES, au sens ouvrier du geste agi, porté dans une usine…

La poésie sociale, vraiment sociale est rare; pour qu’elle porte, elle ne supporte aucun apprêt, aucun cliché, aucun poncif : si elle veut atteindre sa cible, – un lecteur adulte, pris au vif, au coeur – , elle doit signer sa pureté, éveiller l’âme autant que l’esprit. C’EST LE CAS ICI. Insigne poésie, aussi pure qu’un poème des « Ceneri di Gramsci », aussi net qu’une élégie de Penna (je pense à une « ardente solitude », dans laquelle Maxime C. se reconnaîtrait sans ambages).

LEGESTEORDINAIRE.jpgDire l’autre, surtout quand il s’agit de son père, quand celui-ci tient toute sa vie dans les mains, celles du travail, celles données depuis longtemps à l’usine. DIRE. C’est la grande question du livre : tenir un langage qui soit apte à DIRE ce qu’il n’est pas aisé de FORMULER : la distance de classe (encore un thème pasolinien du social); la différence née au sein d’une famille par l’interstice du social modifié (on n’est pas loin de l’Ernaux de « La Place » ni de l’univers tragique de Mauvignier quand il peint la femme de peu dans « Apprendre à finir ». Mais foin des références littéraires, je ne veux surtout pas ferrer le travail de Maxime dans une suite qui serait moindre. Au contraire, l’urgence de langage élève son livre au niveau des quatre références de premier plan que je viens de citer. En effet, l’aisance du vers relaie celle du coeur qui doute, se cherche, vrille de joie ou d’angoisse, ou cherche ses repères (sans jeu de mot!).

C’est un fils qui trouve les lieux du père. Un anti-oedipe. Un anti-facilité d’usage. C’est un fils qui écrit son père – lui qui n’écrit qu’à l’usage de ses mains.

Je ne voudrais pas peser de mes mots critiques comme une chape à la légèreté de langue sur un fond de gravité, qui honore l’homme, qui lève le poète à choisir les plus beaux mots (pas de joliesse certes, les mots du coeur qui comprend, qui erre, qui décrit l’aire usinière, qui analyse sans pesanteur sociologique, rien que par ses MOTS).

Le fils-poète « ne peu(t) voir ce que tes mains / Ecrivent » (p.7). Plus loin, dans l’éprouvante avancée (un travelling du corps-coeur) : « te voilà, avec la brutalité d’un répartiteur/…d’une cage » (p.35).

« Que dit le prolétaire?/ …Pourquoi ce silence? / Pourquoi dans l’usine tant de bruits? » (p.57)

« Un homme…Un corps…Une voix/ Tue » p. 53 (au terrible double sens d’une langue NUE, TERRIBLE, UNE…)

J’aime assez ces « gravats de souffle », comme l’image minière, minérale, trapue d’un ouvrier en son socle.

Rien de banal, ni d’ordinaire dans cette approche millimétrée de l’HUMAIN. Le geste, pour ordinaire, a acquis l’instant de MIRACLE. Oui, le fils a sauvé du néant la pose de main, le rivet, l’acier froid sur la chair, le « souffle » (le mot revient comme une caresse virile), la distance du je au tu, quand dire je peut assassiner le vrai. Ici le « je » est garant d’humble vérité, acquise de haute lutte (contre les préjugés, contre les façades à percere, contre les noeuds…).

Le poème-stylet : quel honneur et quel devoir! Il y a du romain dans cet aveu et/ou cette déclaration de principe esthétique, non, d’humaine condition. Quoiqu’il faille mesurer à quel point le poème est substance, dans saforme même, dense, elliptique mais jamais étroite ou anonyme ou blanche – comme on le dit de certaines écritures.

Et quelle lucide traversée! Maxime C. reconnaît ses faiblesses, ses tentations de conjoindre, de rappeler à soi des assurances ou des soulagements. Il sait qu’écrire ouvre failles et splendeurs.

Une page sans doute, parmi toutes, résume les potentialités du poème-manifeste-coeur : la page 41, qui nous donne :

« TU arraches, sèmes ailleurs. Sûr d’où tu viens,/

tu te tais. Jusqu’à oublier. Mais avant tout, c’est/

toi qui disparais. D’où tu viens est en friche :/

tu sèmes ailleurs. Fais confiance au vent./

… N’oublie pas. Ne t’oublie pas.

On écrit, sans doute, pour arracher à l’oubli les expériences vitales, fondamentales, uniques, vraies.

Le poète Coton EST DANS LE VRAI et cela nous émeut. Au plus loin.

Avec des illustrations de LAURENCE LEONARD, Ed. esperluète, 64p., 2011, 14 euros.

A commander ici (éditions Esperluète):

http://www.esperluete.be/Le-geste-ordinaire/Le-geste-ordinaire.php


Rentrée littéraire: LA SAGA MAIGROS sort aux Cactus Inébranlable Éditions

« La saga Maigros d’Eric Dejaeger pourrait bien ne jamais trouver sa place dans le monde du polar. On y retrouve pourtant tous les ingrédients que les amateurs du genre apprécient : un inspecteur principal (qui travaille dans le grand Charleroi sous les ordres d’une commissaire divisionnaire et secondé par une équipe de quatre personnes) ; des

 

assassinats crapuleux ; des attaques à main armée ; des enlèvements d’enfants ; des vols en tous genres ; du sexe, de l’alcool, des jeux de mots déplacés, etc. On y trouve tout sauf… des résultats ! Toutes les crapuleries commises restent impunies.

 

 Le no-hero de ces cent aventures qui ne dépassent jamais deux pages n’est pas un inspecteur comme ceux que l’on a l’habitude de rencontrer dans les livres, les films et les séries TV. Il cumule jusqu’au paroxysme tous les petits défauts des privés et flics célèbres. Et il en entasse bien d’autres dont il ne rendra – peut-être – compte que lors du jugement du dernier des derniers.

 L’inspecteur principal Maigros est un personnage aussi abject que répugnant, aussi sordide qu’ignoble. Pourtant, aux dires des lecteurs abonnés à la saga qui paraissait sous forme de feuilleton sur le ’net, on finit par s’y attacher et par en redemander. Personnalité oxymorique ? Il n’a rien du bandit bien-aimé ni du flic ripou au grand cœur. Il est juste Maigros et n’en a rien à cirer de quoi que ce soit tant qu’on lui fout la paix et qu’on le laisse picoler, bâfrer, et… tout le reste.

 La saga Maigros est à déconseiller aux moins de six ans qui ne surfent pas encore sur le web, aux âmes sensibles quel que soit leur âge même si elles ne lisent plus Tintin, aux gnangnans, aux papes et papesses, à celles et ceux qui lisent du fast-book de gare à la sauce best-seller, aux critiques qui jugent un texte à l’aune du subjonctif imparfait et non pas à la quantité de néologismes à la découverte desquels leurs dents grincent comme les grandes lèvres d’une nonagénaire et leur estomac s’autoDAFe.

 Un livre que chacun ouvrira à ses risques et périls… »

 

Voir la superbe couverture, la bio-bibliographie d’Éric Dejaeger et tous les renseignements sur les toutes nouvelles Cactus Inébranlable Éditions:

http://cactusinebranlableeditions.e-monsite.com/

Melancholia de Lars von Trier, par Géraldine Muller

Un excellent film que Melancholia de Lars Von Trier.

Melancholia est le nom de cette planète qui s’approche dangereusement de la terre. Melancholia caractérise ainsi ce dénouement apocalyptique qui est annoncé dès le début du film.

Melancholia, c’est aussi une profonde mélancolie, présente chez les deux héroïnes, Justine et Claire. La structure de ce film repose sur un dyptique: deux épisodes, le premier correspondant aux noces de Justine (et à sa dépression) et le second,  à l’impuissance de Claire devant la chronique d’une fin annoncée -dyptique sous-tendu donc par la confrontation de deux « planètes » intérieures, celle de chaque soeur.

Dans l’épisode correspondant au mariage de Justine, la vanité des hommes est à mon sens très bien décrite: quête de pouvoir, d’argent, domination, difficultés des relations humaines… Mais on sent que tout cela va disparaître comme un feu de paille car les choses changent, insidieusement: on ne voit plus certaines étoiles dans le ciel; la nuit est  singulièrement bleue comme cette planète Melancholia qui est désormais aussi visible dans le ciel que la lune.

Les paroles et les rires sonnent faux… Tout n’est que masque social durant ce mariage et en une seule soirée, la promesse de bonheur est consommée. Justine perd tout, son mari et sa carrière de directrice artistique qu’elle avait conquise en épousant Michaël.

Le caractère dépressif de Justine s’accentue, non pas parce qu’elle perd l’apparence sociale du bonheur (d’une certaine manière, il s’agit pour elle d’une délivrance), mais parce qu’elle éprouve la nostalgie d’un bonheur, d’un paradis qu’elle ne peut trouver justement sur la terre. Comme elle dit à son mari, juste avant la nuit de noces qui n’aura pas lieu, « j’ai besoin d’un moment »: un moment pour faire un tour dans le jardin, s’agenouiller dans l’herbe, regarder le ciel, rencontrer quelqu’un d’autre, un moment pour être libre, loin des conventions du couple et des relations…

Le second épisode correspond aux lendemains de la fête: de la foule des invités, on passe à des scènes intimistes où le quotidien se vit entre Justine et Claire, le mari et le fils de cette dernière.

La planète Melancholia s’approche de plus en plus de la terre. Au début, on ne veut pas y croire; on essaie de se convaincre au téléscope qu’elle s’éloigne.

Mais il faut bien s’y résoudre: les chevaux hennissent, les insectes s’affolent dans l’herbe, les feuillages s’agitent, il tombe des gouttes de neige et de pluie par grand soleil.

Et pourtant, les choses les plus simples du quotidien, demeurent, elles, imperturbables: les fauteuils, la nappe du petit-déjeuner, les tranches de pain blond, les fruits dans la corbeille attendent sur la terrasse… Claire veut vivre comme si tout était normal; prolonger le désir de vivre, jusqu’au bout.  Mais lorqu’elle est confrontée à la cruelle réalité et qu’à nouveau le voile des illusions tombe, elle qui semblait si forte et si « normale » (par rapport à sa soeur) est à son tour traversée par l’angoisse du Néant et de la Solitude. La mélancolie de Claire consistera à vouloir éloigner encore un peu la Mort en buvant un verre de vin rouge sur la terrasse et en écoutant la 9ème Symphonie de Beethoven, avec les siens.

En revanche, sa soeur Justine n’éprouve plus aucune crainte lorsque la planète bleue est sur le point de heurter la terre car elle a expérimenté, avec sa lucidité de mortelle, toute la solitude et la fragilité de la condition humaine. Elle contemple ce jour nouveau, devenu bleu avant l’ultime obscurité… Elle écoute le silence… Et elle aide son neveu à construire la cabane magique qui le protègera de toute peur…

Ce film peut sembler très pessimiste; il l’est, mais il est aussi optimiste car profondément humaniste: cette tragédie de la disparition, qui concerne le Vivant, est vécue de manière intime. Elle nous enseigne comment regarder le Destin, et quelle attitude -la plus sage pour nous- il nous convient d’adopter quand des événements ne dépendant pas de notre volonté surviennent.  Préparer son petit déjeuner le matin même de la collision entre la Terre et Mélancholia, puis fuir au village pour parler à d’autres tout aussi impuissants du funèbre phénomène, ou s’allonger parmi les fougères, les fleurs d’eau et se laisser bercer par ce qui est, dans l’instant?  Laisser venir le Destin et composer un cercle humain d’acceptation dans la cabane magique.

Un très beau film, donc sur le plan à la fois esthétique et mystique.

Géraldine Muller

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