L’eau de là

d’après une peinture de Claire Mériel*

 

La ligne de l’eau

zigzague

dans la chair confuse.

 

Des vents en pagaille

percutent les images pieuses.

Je bois à la paille

dans les profondeurs.

 

Pincées de sel

aux croisements des saisons,

aux creux luisants des étoiles.

 

Tapie sous l’écume,

la loge du visage

s’ouvre sur un cri de scène.

 

Sous la langue sèche de l’aube

la bouche allonge

le chemin des ivresses.

Je piétine des armées

d’ombre et de soleil.

 

Dans la boue des nuits

je rêve de toucher

le phalène blanc du plaisir.

 

Visions païennes

à portée de mes bibles.

Longues prières dans le noir

pour que le jour rende  

ses otages de lumière.

 

                                      

* site de l’artiste : http://www.claire-meriel.com/

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Immortels

Le titre en avant-première du futur album de Dominique A

 

Immortels

Je ne t’ai jamais dit

mais nous sommes immortels

pourquoi es-tu partie

avant que je te l’apprenne


Le savais-tu déjà

Avais-tu deviné

que des dieux se cachaient

sous nos faces avinées


Tous les baisers reçus

savais-tu qu’ils duraient

            

http://www.magicrpm.com/videos/clip/immortels

Pour Tistou

Le gratteur de do

 

Le gratteur de do refait les do endommagés, couvert de vilaines harmoniques. Il les relisse et plus rien de ce qui faisait un vilain do dans la suite des accords n’apparaît après son action. Le gratteur de do opère aussi sur les ré mi et les fa  si la récaper. Il n’intervient que rarement sur les sol, trop vastes, trop difficiles à faire briller, comme qui dirait en dehors de ses compétences plutôt d’ordre aérien, comme la musique des sphères, les mélodies célestes… Le gratteur de do est un pragmatique, un terrien, qui assure les bases du jeu musical sur lequel tiendra toute la construction à venir. Il descend parfois très bas et la gravité en ce domaine ne nuit pas à un beau jeu, au contraire. En se cantonnant au bon endroit du do, le gratteur peut faire jaillir des sonorités encore jamais atteintes par la noble note qui étonneront jusqu’à ses proches. Des proches qui ne manqueront pas de faire appel au gratteur de do pour connaître des sensations inexplorées, pas spécialement d’ordre musical, et c’est la qu’on comprend que l’oreille a parfois bon do.   

 

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Prélude en do majeur de Bach, par Glenn Gould


 

Sur un prélude de Bach, Maurane  (paroles de J.-J. Vannier)


 

ALAIN SAGAULT

CHOIX (libre)

Nous choisissons généralement de devenir ce que nous n’avons pas le pouvoir de ne pas être.

 

DÉSESPOIR

Le désespoir poli, pas trop mon truc. Son vrai nom me semble être résignation. J’ai plutôt le désespoir malpoli, rugueux et révolté. Je rue dans les brancards, hurle, griffe, mords et finis par sortir du trou. Pas question de me résigner : mon désespoir, je veux au moins le faire partager !

 

FEMMES

J’aime beaucoup trop les femmes pour être un grand séducteur.

 

GLOIRES (fausses)

Prendre des esbroufeurs sans conscience ni talent comme les Klein, les Warhol, les Koons pour des créateurs, c’est le fait d’une société si déboussolée et si incapable de se renouveler qu’elle ne sait plus à quel malsain se vouer.

 

IMAGINATION

Pas d’imagination sans curiosité, mais pas non plus sans culture. C’est ce que m’ont appris vingt ans d’improvisation théâtrale. L’imagination a besoin d’un terreau qui la nourrisse autant que de découvertes qui la stimulent. C’est sans doute pourquoi tant de mes contemporains en sont cruellement privés.

 

INSÉPARABLES

Même dans l’abstrait, nous figurons. Même dans la figuration, nous pratiquons l’abstraction. Voir, c’est déjà abstraire, penser c’est imaginer. Opposer figuration et abstraction, c’est ne rien comprendre à la peinture – ni à la vie.

 

LIBERTÉ

Notre seule vraie liberté : choisir d’être ce qu’on est. Vouloir être autre, c’est tricher, et c’est d’autant plus stupide que c’est impossible. Accepter d’être qui je suis, c’est du travail pour toute une vie.

 

PUÉRILS

Nous le sommes tous. L’important n’est pas de le savoir, mais d’en tenir compte.

 

REGARD

La plupart d’entre nous, quand nous regardons de la peinture – ou plutôt quand nous ne la regardons pas, tant notre œil est alors particulièrement vide et distrait –, j’ai l’impression que nous la salissons, et l’envie de nous foutre dehors. Ce regard, que j’appellerais bovin si ce n’était pas faire injure aux bovidés, il quête une sensation bien plus qu’il n’explore une création, c’est au pire sens du terme un regard absent. Un regard qui glisse comme à travers une vitre invisible, comme un signe de tête distant. On ne connaît pas, on ne veut pas connaître, mais on salue, à toutes fins utiles. Au mieux, on admire pour la forme, on dit qu’on aime… et l’on se détourne au bout de dix secondes !

Je préfère les regards qui dévorent ou qui rejettent, ils existent au moins. La peinture, on ne la regarde pas, on l’aime ou on la hait.

Idéalement, regarder de la peinture, c’est y plonger.

Faire la queue pour voir la Chapelle Sixtine et y passer en file indienne sans s’arrêter, c’est une injure à Michel-Ange et à l’art. Les prêtres qui ont organisé cela, impossible qu’ils aient la foi.

 

Extrait de « Remarques en passant 18 ».

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Pour en savoir plus sur Alain SAGAULT, écrivain, peintre et homme de théâtre, et lire d’autres de ses remarques, consulter son site :

http://www.ateliersdartistes.com/spip.php?rubrique21&var_mode=calcul

 

Merci à Patrice Maltaverne de Traction-brabant

de m’avoir envoyé ces Remarques en passant.  

http://traction-brabant.blogspot.com/

A propos de Warhol – voir Gloires (fausses) – , on pourra lire le livre édifiant d’Hector Obalk, Andy Warhol n’est pas un grand artiste (Champs Flammarion) et voir sur Arte la série Grand Art qu’il anime.

 

 

Earth Hour: économies de bouts de chandelle?

Comme certains internautes le préconisent, allumons symboliquement toutes nos lampes entre 19 h 30 et 20 h 30, faisons une lumière du feu de Dieu. Et bon passage à l’heure d’été, cette autre…fantaisie.

Dimanche, 14h. Point positif, l’attention portée

sur un plan international au dérèglement climatique et aux remèdes à apporter (vite).

Observation: les exclamations de ravissement lancées lors de l’extinction de l’éclairage des grands bâtiments ou monuments. Jadis, on s’exclamait volontiers devant l’éclairement des lieux, les levées de lumière. Serions-nous déjà en route vers une esthétique de l’extinction (des feux, de l’humanité)?


 

 

La Belle-mère dure #8 est en ligne

Le magazine satirique en ligne du trio Dejaeger-Ellyton-Querton est de retour.

Avec, entre autres choses, le bon usage de Dieu, la carte de la république de Blegique coloniale en exil (prenez connaissance du nouveau nom des villes), le très attendu épisode 81 de la saga Maigros sans oublier les pipes de Magritte Y. (attention les yeux !).

http://storage.canalblog.com/50/15/471513/37571212.pdf

 

Une belle-mère toujours belle et de plus en plus dure, la preuve :

http://soirmag.lesoir.be/actualite/ActuSM/il-tire-sur-sa-belle-mere-2009-03-26-697981.shtml

 

 

Bol verbal

Les voyelles avalées tombent dans la trachée artère avec un bruit de glotte mal refermée. Pour les repêcher, il faudrait une ligne de mots avec un appât bien garni. Il ressortirait de l’étang aux nourritures spirituelles avec aux entournures des restes de mots moisis, des filaments de lettres sales, des phonèmes endommagés. Les voyelles avalées, en chutant, franchissent le mur du son, elles pétaradent dans le corps du texte dans un bruit de tonnerre verbal. Le ciel interieur s’illumine de traînées de paroles. Le vent souffle si fort qu’il faut ouvrir toute grande les voies d’accès à l’irraison. On s’époumone et les poissons du soufle déversent leur cargaison d’huile essentielle. Les voyelles oubliées raclent les fonds de langage en venant résonner dans l’alphabet.