CROÛTE TES RESTES / PHILIPPE BRAHY

 

« Croûte tes restes… » : est le titre de cette photo en couleurs (rare) et qui représente un pain chaudement sorti du four, croûte éclatée et dorée. Ce pain, préparé du matin, avec amour, fierté et gourmandise par m’amie, avait bien de l’allure. Il ne m’aurait pas déplu de le partager avec elle au petit déjeuner avec un bon café noir et du beurre salé, toutes sensations oubliées.

M’amie avait une façon bien à elle de titrer ses images et se jouait des mots pour en suggérer d’autres, ce qui laissait une libre interprétation au sens que l’on pouvait lui donner. Moi-même friand de ces jeux de mots, je me mis à penser – mes restes, des croûtes ! Moi, un vieux croûton ? Elle eût tôt fait de me rassurer car plus… « terrestre » en réalité. Tout de même, à la photo suivante : « Çamisole ! » Pour – ça m’isole ! ou camisole… de force, je n’étais pas loin d’y perdre la tête. La photo représentait une scène de détapissage, je me lançai donc dans un « détapistage ! » bien de saison. En effet, m’amie s’était cachée sous un grand pan de papier qui ne laissait voir que deux avant-bras sous un bouclier de papier peint, toujours solidaire de son mur. Les grandes manœuvres du printemps avait commencé et on peut imaginer qu’il y aurait du sport sous l’effort.

Cette autre image s’ouvrait sur les félicitations de Inii Ni : « Absolument fantastique. Un koan visuel ! Félicitations ! ». Le kōan prend la forme d’une aporie (contradiction insoluble) qui ne peut être résolue de manière intellectuelle. Cela me convenait car l’image était « spirituelle » et m’amie, tout comme moi, étions l’aporie absolue. Aucune impasse pour nous mais du vraisemblable et rien d’étonnant pour moi à voir dans ce montage photo une fille suspendue par les pieds à des ballons emplis d’hélium qui touchaient terre tandis que la tête de la fille était dans les nuages. Un peu comme un soleil peut cacher un nuage et un porte-avions s’y promener !

La pesanteur sur terre, m’amie écrirait – la pesante heure surterre– en pensant aux « surterre » de Saint-Pol-Roux allant jusqu’à me faire imaginer un vaccin pour le Covid19 : le Zigomaticorona© et s’exclamer : « l’envers allant droit ! », ce qui n’était pas faux. Imaginant aussi dans cette autre image en camaïeu de blanc que cela pouvait paraître « Sombre… ». Ce qui autorisa un certain Patrick Pialet, (pis à lait) de prétendre : « Il y a du monde à laitage… » car rien ne démontrait dans l’image de cet escalier d’un blanc immaculé, s’il descendait ou montait ! Il suffira au « laitier » de bien s’accrocher à la rampe inexistante, un passage pour moine –Variété de phoque des mers chaudes. Mais cet intrus, citant Alfred de Vigny, n’en resterait pas là.

« J’ aime le son du corps le soir au fond des [draps]… » Patrick Pialet. Je répondais : « Que de fois, seul, dans l’ombre à minuit demeuré, / J’ai souri de [l’attendre] , et plus souvent pleuré ! » La photo, ici commentée, est comme la précédente, virginale, c’est-à-dire d’une blancheur absolue que soulignent certains contrastes du « miroir à la nonne », mère supérieure, drapée dans la blancheur du coton et fixant un miroir rond, sorte « œil-de-bœuf » n’ouvrant sur aucun paysage, pas même son visage ; « Chien andalou » muet, à la Luis Buñuel qui rêve d’une lame de rasoir fendant un œil et qui, « l’instant d’après le film montre en gros plan la main de l’homme tenant le visage d’une jeune femme tandis que le rasoir tranche son œil par le long ». Il n’y avait pas tant d’horreur dans cette image que la photo d’une mariée drapée de blanc debout sur un lit et tournée vers ce miroir. « Le blanc qui, d’un point de vue positif, est lumière ; mais la lumière n’existe que par le feu dont le symbole est le rouge. Opposé aux ténèbres maléfiques, le blanc désigne le bien ; mais opposé à la séduction des couleurs et au rouge du sang vital, il désigne l’absence et la pâleur de la mort. » « Le blanc agit sur notre âme comme un silence, un rien avant tout commencement. » — Vassily Kandinsky.

 

UNE VISITE IMMERSIVE DANS LES SALLES D’UN OPULENT PALAIS QAJAR À LOMPRET et à la DÉCOUVERTE DU « PARERGON  » / PHILIPPE BRAHY

Photo : Dan Ferdinande

Adonc, Guy Ferdinande, bien que parangon – sorte de marbre noir ou pierre sans défaut de joaillerie – ou, comme je le pense : un guide philosophique pour nous tous, Guy Ferdinande, s’entoure d’un supplément de cadre qui lui sied à merveille et qu’il emprunte à « L’Empire des roses » au Louvre-Lens. (Il a dû regretter de ne pas avoir son luth sur place pour compléter la scène.)

Adonc et encore, Guy Ferdinande m’apprend ce qu’est un « parergon » que le philosophe Derrida (1) emprunte à Kant : « Le « parergon » est un supplément à l’oeuvre d’art, ni intérieur ni extérieur, qui la délimite, la cadre et le bordé. » Il est temps que ce mot me rejoigne au matin de ma vieillesse et que j’en fasse un « parerga » sorte « d’ornements, des parures extérieures et préjudiciables à la belle forme. »

La forme, ici, est Guy Ferdinande. Moi qui serais plutôt de la théosophie antique voire de l’illuminisme, j’apprécie de pouvoir préciser ma pensée d’un jour nouveau. On apprend à tout âge. Je pourrais dire : « L’habit ne fait pas le moine. » Mais je puis comprendre que les philosophes s’en méfient en n’étant pas le centre de l’image, si je puis dire. Par ailleurs ce n’est pas sans humour que Christoph Bruneel m’a remis un livre de Gustave Lambert BRAHY dont référence ci-dessous. (2).

Malheureusement ma pauvre tête dyslexique est la porte de tous les paradigmes. C’est aussi un cerveau à l’effondrement gravitationnel qui se précipite dans un trou noir, souhaitant toutefois qu’un « sasse » débouche sur une sorte de « Papeete Beach » pour ne pas être trop déconfit du confinement. « Mais pourquoi faut-il un parergon ? Pourquoi ajouter cet en-plus ? Il faut supposer que quelque chose manque. Mais quoi ? Qu’est-ce qui manque à la représentation ? Quel est le défaut, la fragilité dont le cadre protège ? Autre question. Qu’est-ce qui est essentiel et accessoire dans une œuvre ? On ne le sait pas, ni pour un tableau, ni même pour l’oeuvre de Kant, Critique de la Faculté de Juger. Quelle est la chose même ? Où passe la limite ? Où commence le cadre, où finit-il ? »

That’s the question ?

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1. Derrida emprunte le mot « parergon » à Kant dans la Critique de la Faculté de Juger (§14).

2. Gustave Lambert BRAHY est né à Liège le 1er février 1894 à 23h00 (Verseau ascendant Balance) et décéde le 21 mai 1989 vers 15h à Bruxelles. [Victime de la grippe espagnole mais survivant comme je pourrais l’être du COVID-19]. Fondateur de l’Institut d’astrologie de Belgique, devenu le Cé.B.E.S.I.A.(Centre belge pour l’étude scientifique des influences astrales).

L’ÉPAISSEUR DU SILENCE et autres textes de PHILIPPE BRAHY

 

L’épaisseur du silence

… Et, pour solutionner l’énigme, un nid-de-poule ou peut-être le creux naturel d’une Pierre qui contenait l’eau lustrale de son baptême, un baptistère. Le silence d’une eau qui ne dirait pas son nom et dont le miroir n’avait que le reflet de lui-même et… l’épaisseur de son silence. Narcisse pouvait s’aimer puisqu’il était, tel un vampire, sans reflet. Il y avait aussi ce chapiteau de poussière patiemment tissé par une tégénaire sur un sol abandonné, une piste aux étoiles sans étoile dont l’unique source de lumière était lunaire. Et ce portrait au visage absent magnifiquement encadré d’un tricot noir en capuche « à mémoire de forme » qui laissait deviner l’être qui l’habitait, mais aussi le vide abyssal dont le regard absent vous fixait pourtant.

 

 

Une bulle d’air creva à la surface de l’eau à la suite du bouillonnement tumultueux produit par l’expulsion de l’air de ses poumons. C’était là, sans aucun doute, sa dernière expiration avant la noyade, l’effet fut celui d’une « alliance » d’eau comme un fumeur ferait un « rond » d’une gorgée de fumée. Et de fumée il était question dans ce looping vertigineux réalisé par trois as de la voltige aérienne. Une course-poursuite de prétendants au titre roi des meilleures figures acrobatiques. Elle s’était donc, in extremis, propulsée de l’eau pour attribuer ce titre au vainqueur et se retrouver à nouveau sous l’eau rédemptrice d’une douche où le verre d’une paroi laissait entrevoir la présence martelée et kaléidoscopique d’un corps se réfléchissant à l’infini. Fallait-il cela pour se retrouver près d’un buisson aux pelotes de neige poudreuse, cotonneux cristaux de glace qui évoquaient le moelleux d’un rouleau d’ouate hydrophile ? Je ne pourrais dire mais je laisse au lecteur occasionnel le soin de juger de cet enchaînement car je vis cet ami en homme solitaire gravir des paysages de paix et d’infini. Un ami s’en aller, sortir de l’image, pour se fondre dans l’immensité inconnue de tous, l’hors cadre du grand départ figé dans le sommeil. Restait sur une étendue d’eau, les reflets zigzagants d’une lune portés par le batillage produit par le sillage d’un bateau fantôme.

 

 

« Mon oeil ! » avait-elle titré sur cette photo, l’exacte traduction de cet aphorisme d’Éric Allard, in Les Belles Phrases : « J’immerge un doigt dans les profondeurs narines. » – Qui avait inspiré l’autre ? Ce portrait de femme équipé de lunettes de moto, le doigt dans le nez et ayant l’air de dire « poil au nez » non sans humour et provocation ; les verres embués et ce regard « charlot » qui montraient son humeur du jour tout porté sur la dérision. Et, comme pour affirmer ce bonheur, cette autre photo de verre blanc cassé : « Verre blanc cassé… bonheur obligé. » Adage cent fois répété par ma mère qui s’écriait ensuite : « celui qui ne fait rien ne casse rien ! ». Fallait-il pour autant se présenter nue et les poignets joints en passant par la case prison, c’était un raccourci osé. Mais c’est ainsi que je retrouvais m’amie à la pose suivante, toute disposée à satisfaire au pire voire d’aller de mal en pis. Ce qui se présenta aux cases suivantes…

 

 

Cinq images résumaient la journée en une « journée de merde ! » À suffoquer même… dans cette image d’une tête bâillonnée de slips à l’exception de l’ovale du visage, me semblait-il ? Puis soudain une mer et son reflet lunaire, le calme plat. Au cliché suivant, posée devant une bibliothèque prestigieuse, une magnifique sculpture en bois, vermoulu et fendu, une sorte de mandarin dans une bure relevée à mi-cuisses. Il était plongé dans la méditation, le coude sur un appui de siège disparu et la main lui soutenant la joue. Je ne pus m’empêcher d’imaginer Le Penseur de Rodin initialement nommer Le poète et qui devait représenter Dante devant les portes de l’Enfer. Ici, à Laeken, je n’en étais pas loin. Puis encore ce cadrage d’une épaule ; d’un avant-bras et d’un sein enduits d’un latex blanc, pelé à hauteur du cou, comme un masque d’où surgirait une nouvelle peau. Restait cette dernière photo, une ancienne forme d’embauchoirs en bois dont le bout était retourné avec ce commentaire pertinent : « Volte-face… ! ».

 

 

Les lettrines de Philippe Brahy sont tirées d’un recueil de Gérard Clery : La Seine en chemise de nuit, contes de Paris, paru chez Caractères en 1999. 

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Philippe BRAHY

L’ESCARRE DU COUDE de PHILIPPE BRAHY

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À mes amis poètes

 

Poètes nous connaissons tous la crampe qu’il suffit d’étirer et masser pour en atténuer l’effet ; la tendinite du poignet aussi pour les plus sportifs d’entre-nous pratiquant le stylo plume ou du genre calame. Mais l’escarre du coude, pour un poète, voilà qui est plus rare et laisse supposer que le poète écrit couché se tenant sur… un coude !

Une réminiscence de la pacification romaine en nos régions, me direz-vous ou l’habitude de vivre couché ? Je vous répondrai Dagobert Ier et à sa suite les Rois fainéants mérovingiens ! C’est aussi la conséquence de la modernité qui fait du « smartphone », d’une tablette ou tout autre portable l’outil rêvé de la paresse.

Je crains, par ailleurs, que morphologiquement nous devenions des cubes et, pour les plus nantis, des sphères, les premiers étant plus facilement empilables. Amélie Nothomb se décrivant elle-même comme un tube (digestif) proche de Dieu dans Métaphysique des tubes. Mais je m’égare. Je voulais attirer votre attention sur l’escarre du coude. Voilà qui est fait et, dans l’attente de n’être qu’une sphère communiquant par la pensée, vous avertir.

 

 

 

SACRÉ SAINT-PIERRE de PASCAL FEYAERTS

Saint-Pierre

   

   Jean arriva au paradis au terme d’une vie de débauche et trouva Saint-Pierre bien mal en point : un car de nudistes venait d’être gravement accidenté. Le pauvre avec toutes ces femmes nues qui lui arrivaient ne savait plus à quels seins se vouer et songeait très sérieusement à remettre son auréole à Dieu. Le paradis, jadis si bien fréquenté, ressemblait aujourd’hui à un gigantesque bordel. Jean voyant cela se frisa les moustaches et ne put s’empêcher de penser : « Chouette, la vie continue »…

 

*

 

    Saint-Pierre comptait ses ouailles et était fort mécontent : il n’avait pas son content de nuages, l’un d’entre eux s’était déguisé en brouillard pour égarer les humains…

 

*

 

    Le moral de Saint-Pierre était plus bas que terre, il en était devenu muet comme une tombe et avait même rangé ses ailes au placard tandis que quantité d’âmes se disputaient l’entrée au portique. Dieu en personne dut intervenir auprès de son premier serviteur pour qu’il daigne ouvrir la porte à ces pauvres hères en quête de lumière. Saint-Pierre obtempéra mais fit promettre à Dieu auparavant de résoudre au plus tôt ce bruit de grincement de porte qui ponctuait les arrivées depuis maintenant trop de siècles. Comme quoi le repos éternel c’est simple comme une goutte d’huile

 

*

 

    À Eric Dejaeger

    Un poète bien connu dit à Saint-Pierre que le paradis pour lui devait avoir le goût d’une Chimay bleue et le galbe d’une bouteille… Saint-Pierre crut sa parole d’évangile et depuis le paradis a bien changé…

 

*

 

    Saint-Pierre n’a pas froid aux yeux lorsqu’il s’agit de jouer à la belotte céleste avec Dieu : le Pape prend l’Archange et une tierce au prêtre ne vaut pas un carré de nonnes…

 

*

 

Saint-Pierre me l’a dit

Dieu écoute aux portes

Et s’invite aux fenêtres

Il ne nous pardonne pas

De l’avoir abandonné

De l’avoir obligé

À croire seul en lui-même

Et il nous entend nous plaindre

De l’obscurité et du non-sens

 

Alors prêt à changer

De métier il se dit

Que lorsqu’il ne sera plus Dieu

Il pourra toujours

Nous servir de lampe

 

*

 

PASCAL FEYAERTS vit dans le Hainaut où il exerce le métier de bibliothécaire. Il participe ou a participé à diverses revues littéraires (le SpantoleTraverséesla Pensée wallonneles Élytres du hannetonMicrobe) et est l’auteur de plusieurs recueils de poèmes : Claustrophobie ou les Rues de pandémonium (L’Acanthe, 2001), Nouvelles en quête d(H)auteur (Chloé des Lys, 2012), l’Amour en lettre capitale (Le Coudrier, 2012) et D’ils et d’ailes (Le Coudrier, 2014), Le Miroir aux allumettes (Le Coudrier, 2016), QuintessenCiel (Le Coudrier, 2018). En 2010, il a mis au point un spectacle musico-poétique avec la violoniste et compositrice Marielle Vancamp. Pascal Feyaerts est membre d’AcGart, groupement artistique, et expose parfois ses dessins, essentiellement au fusain.

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Les recueils de Pascal Feyaerts au Coudrier

Pascal Feyaerts sur le site de l’AEB

Entre ombre et lumière, le blog de Pascal Feyaerts 

DOUZE CHANTS DE LA GRÂCE d’ANDRÉ CAMPOS RODRIGUEZ

André Campos Rodriguez

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Né en 1951 . Jeunesse au Maroc à Casablanca jusqu’à l’âge de 21 ans. Fils de Républicains espagnols opposés au franquisme… Au préalable, réfugié politique – puis opte librement pour la nationalité française (car francophile et francophone…)

 

 

Douze Chants de la grâce…

 

1.

 

Il n’y a pas une ride

dans l’aurorale clarté qui s’annonce

comme une promesse

 

Il n’y a aucun signe néfaste

ni rien à signaler 

à part l’imminente arrivée

de la beauté

  

 

 

2.

 

Que peut-on dire

au matin lumineux

qui nous lave de sa lumière

 

que peut-on souhaiter de mieux

une grâce parée

si bien dans la soie

de la quiétude et du silence

 

où complice la solitude

s’éclipse pour le souffle

 

 

 

3.

 

D’une joyeuse épiphanie

sur la crête de l’instant

il boit à la source vive

 

La beauté en sa bonté

toute révélée

 

dans ce refus même

de la posséder

 

 

  

4.

 

Par enchantement

une porte ou une fenêtre

s’ouvrent dans la lumière

 

et recule l’enfer

 au profit

de la vie ouverte

 

Avènement prodigieux

où le souffle

devient tendresse

 

douceur…   et légèreté de la joie

 

 

 

5.

 

Nous sentons bien que l’invisible

ne cesse de se manifester

à travers la relation complice

– que nous surprenons 

des arbres de ce chemin de montagne

où zinzinulent les mésanges

dans un profond silence

 

 

 

6.

 

J’aspire à l’espace ouvert et bleuté

du ciel habillé de la moutonneuse

blancheur des nuages

 

Cette paix accueillante

qui nous donne à goûter

le bonheur de vivre

 

Notre tête s’est vidée

et notre corps a gagné

une bénéfique densité

 

pour que le cœur exulte

et rende grâce

 

 

 

7.

 

Ne bouscule pas ton silence

celui qui cherche nonchalant

à installer la clarté dans nos vies

 

Laisse l’ombre jouer à sa guise

les comédies du destin

 

Nous veillerons sur les roses de décembre

la fraicheur des pétales grenats

prêts pour le sacrifice de l’hiver

 

Notre espoir se portera sur le printemps

qui aussitôt nous élargira

sur les épaules nues du don

 

 

 

8.

 

Ne nous racontons pas d’histoires

dormir debout n’enchante guère

le sage qui contemple le réel

infiniment perpétuel

 

La mort il faudra bien l’assumer

là où elle nous surprendra

 

Prions uniquement pour que la peur

soudain  n’éclipse

notre fragile équilibre

  

 

 

9.

 

Pour le moment c’est l’arbre

qui nous évite les errances

que les ombres contiennent

 

Il est prodigieusement ici

devant nous à bâtir un refuge

où bouillonnent les couleurs

de la terre et du ciel

 

à nous éviter aussi d’aller

à la ligne

d’un futur aléatoire

 

 

 

10.

 

Que l’espace de la vie

devienne l’espace du poème

et que le poème transfuse

la vie même en chaque image

 

Comme il sait être le protecteur

des oiseaux de passage

que l’arbre nous soutienne

en cette perpétuelle quête

 

qu’il soit notre maître spirituel

 

et qu’il ne cesse

 

par sa mystérieuse beauté

de nous montrer le ciel

 

 

 

11.

 

Les fleurs aussi sont nos maîtres

 

Exprimer parfums et beautés

en un temps si bref

 

Fragiles, vulnérables, offertes

 

elles sont comme le poème

absolu du don

  

 

 

12.

                                                            (à R.Z.)

 

Sans toi à mes côtés

à partager et embellir les petits évènements

quotidiens qui nous entourent

 

ma vie 

chargée des ombres du passé

serait autrement plus amère

 

Avec toi le présent se présente

comme une fleur légère

un parfum ineffable

 

Nous regardons vers la même source

et c’est comme une grâce offerte

qui se dégage et ne nous appartient pas

 

 

 

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photo d’André Campos Rodriguez

 

 

Du même auteur

– Mosaïque d’un cri (M.P.C. 1982)

– Petits je (ux) de rhétorique (Jacques Morin, Polder 30,1985).

– Le bleu de clémence ( Aube 1987)

– Odes à la nuit étale (L’Horizon Vertical, 1989)

– Les douze balises (Jean Le Mauve, L’Arbre 1990).

– Chemin de ronde , (en collaboration avec J.L. Fontaine, C. Hémeryck, et H. Lesage , Éditions Rétro-Viseur 1993).

– L’invisible correspondance (Cahiers Froissart, 1994).

— Pour désigner la cendre (Jacques Morin, Polder 1996).

– Légendes, éclats, approches… (Editinter, Robert Dadillon, 1999).

– « Pour que s’élève  CE QUI N’A PAS DE NOM » / Choix de Poèmes 1985-2016/ préface d’Alain Lemoigne /

volume de 214 pages, Editions de L’Ardent Pays, 2016.

 

Anthologies

– Génération Polder, anthologie de Jacques Morin, Ed. La Table Rase 1992.

– Le Silence parle ma Langue de Jean-Claude Dubois (une présentation critique de 24 poètes du Nord/Pas-de-Calais) Editions Rétro-Viseur 1999.

 

Articles, textes ou poèmes parus dans différentes revues dont :

L’Ivraie, Foldaan, Les Cahiers Froissart, RegArt, RétroViseur, Plis et Déplis amoureux, Jalons, Décharge, Sources, La Bartavelle …(du temps de Pierre Perrin), Phréatique, Noréal,, Friches, Lieux d’Être, Comme en poésie, Le Comptoir des Lettres…etc…

 

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 L’ARDENT PAYS, le blog-revue d’ANDRÉ CAMPOS RODRIGUEZ

 

PORT-AU-PRINCE et autres poèmes de DIERF DUMÈNE

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Poète, écrivain, nouvelliste, il est aussi secrétaire général d’une association ayant pour but d’accompagner les enfants démunis d’Haïti.

Auteur de plusieurs recueils de nouvelles inédits et d’un recueil de poésie, en voie de publication.

Il a créé depuis quelques mois un blog-revue, Magie Poétique, qui accueille des poèmes, souvent inédits, de nombreux poètes francophones disparus ou bien vivants.

 

 

Port-au-Prince

 

Hier encore j’ai été là

Perché du haut de ma solitude

A regarder Port-au-Prince

Se lavant les pieds de béton

Dans les rives du Bord-de-Mer

Et la mer avait l’odeur

D’une femme en mal d’enfant

 

Son corps n’en pouvait plus

Des étreintes

Capricieuses de l’aube  

Et Pégase s’envolait

De fleur en fleur

En quête de l’air frais

Pour nourrir  les saints  

 

Port-de-Prince

Je m’en vais marcher

Courir

Dans tes pas

Dans tes rues

Mangeuses de rêves

Où jonchent des tiges pituitaires

Trop lourdes

Pour des cranes d’acier

Pour dire

A la mer

Que la Bête était là

Un jour de Noël

Et qu’elle a bu tous nos vins

Jusqu’à en mourir d’ivresse

 

***

 

Le temps

 

Le temps passe vite

Et laisse ses empreintes

Dans le vide

Des morceaux de bonheur

Brisent sous nos pas

Mal agencés

Du trop-plein de toi

Jaillit une parole en gésine

Heureusement que nos coeurs

Ont survécu dans les prunelles

Du vent

 

***

 

Sous-vêtements

 

Ô ma bien-aimée

N’enlève pas

N’enlève pas tes sous-vêtements

Du haut de la chaire

Pour ne pas donner

Aux airs ambulants

Libres comme une chute

Dans le néant

L’envie d’habiter ta chair humide

Car j’ai peur des amalgames

 

***

 

Ton corps

 

Fatigué du poids

De ton corps

Je me fais un lit

Dans tes cheveux

Couleurs des jours absents

 

*** 

 

Nos rires

 

Remplis de pointillés

Nos rires s’inscrivent

Dans le quotidien

Des terres mêlées

 

 

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Les roses

 

Les roses s’habillent

De mille papillons

Pour tatouer un arc-en-ciel

Sur les dunes du Sahara

Et les anges se saoulent

Du nectar de l’instant

Au son des faits divers

 

***

 

Tes seins

 

Les minutes

Se brûlent les ailes

Tandis que tes seins

Comme une étendue

De terre salée

Me parlent d’amour

Dans une tempête

De déhanchements

Et j’ai froid

Dans tous mes gestes

 

 ***

 

Nos rues

 

Que de rire

Sous une lune

À moitié nue

Nos rues chantent

La gloire des nuits

Ensommeillées

Par la caresse du vent

Jouissance d’une mer en rut

Faisant la cour aux étoiles

 

*** 

 

Ombre

 

Si au printemps

Des poètes

Je porte mon ombre

Sous mes paupières

C’est parce que

Je donne mes yeux

Aux champs de blé

Pour ne pas à regarder

Mourir de faim

Cette marge blanche

Dans l’indifférence

De mes doigts

 ***

 

La terre

 

J’ai cru

Que la terre t’a trahie

Le jour

Où elle a fui dans ta ville

Avec des montagnes

Partout dans la tête

Mais non

La terre ne t’a pas trahie

Elle t’a assumée 

 

 

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Les manguiers

 

Fleurissent

Les manguiers à l’ombre

Des jours bénis

Pour annoncer

L’arrivée  des abeilles

De tout horizon

Portant les fruits des saisons

Sous leurs ailes

 

 ***

 

Ma vue

 

D’où surgit

L’âme de la terre

Pour venir habiter ma vue

 

Le monde

Est une maison         

Dont le toit marche

Dans les mains de l’azur

Pour escorter chaque étoile 

Chaque nuit

Et la vie repousse

Avec des racines en plein ventre

***

 

Des pluies d’hiver

 

Des pluies d’hiver

Caressent nos toits

Tel des vagues solitaires

Voguant sur le corps nu d’une mer

Qui chante l’oraison des saisons

 

L’enfant dort

A point fermé

Pour n’écouter

Que chanter l’aube

À l’autre côté de la rivière

 ***

 

Écran

 

Sur l’écran

Des lauriers

Est peint le mal de l’être

Mais nous feignons 

De ne pas sentir

L’odeur du silence

De la forêt

 

***

 

La foule

 

La foule s’égaie

A l’arrivée

De l’ange-charbon

Tenant un nid de mots étoilés

Dans ses bras

Il y a de quoi se faire une omelette

Pourvu que les écumes printanières

Tombent par milliers

 

***

 

La musique

 

Pause amicale

La musique m’a mise un pied

Dans le coeur

Et j’ai failli vomir ton nom

Sur le rivage

Pris en otage

Par un ras de marée

  

***

 

Le poème

 

Le poème marche en nous

Comme des grains de sable

Oubliés au bord du littoral

 

On se le dit pour noyer

Ses souvenirs dans un verre

De tisane de Champagne

 

On l’écrit sur chaque rivage

Chaque visage

En quête d’un sourire précoce

Pour lever les voiles du temps

 

On l’allume comme on fume

Son dernier cigare

Chaque jour qui se lève enfante

Un poème glacé

Comme les rayons du soleil

 

 

Voir sur la précédente livraison de Dierf pour Les Belles Phrases

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MAGIE POÉTIQUE, le site de
DIERF DUMÈNE
 

LES HAÏKUS MINIMALISTES de MARCEL PELTIER

marcel_peltier.jpgMarcel Peltier expérimente depuis 20 ans le minimalisme dans ses « Haïkus du Silence ».
 

Aujourd’hui il tente une synthèse définitive afin d’approcher « l’Art du Trait Zen ».

Voici quelques exemples extraits de son blog http://haicouminimaliste.blogspot.be

Il associe deux contraintes oulipiennes : le haïku de 7 syllabes structuré selon le rythme 2-3-2 et l’emploi d’un maximum de 6 mots.

Ce haïku devient un flash déclamé dans un souffle.
 
 
 
 

Minuit,

une boîte

Chahute.

 
*
 
 

Le doigt

dans son dos,

Frissons.

 
*
 
 

Cancans,

le passage

Des oies.

 
*
 

Neptune

protégé

Du gel.

 
*
 

Dressée,

elle aussi

Pourrit.

 
*
 

Deux mots

échangés,

Complices.
 
 
 
 
 
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PASTICHE D’ADOLPHE de BENJAMIN CONSTANT par JULIEN-PAUL REMY

41WKQD9FREL.jpgExtrait imaginaire à insérer à la page 111 d’Adolphe (Garnier-Flammarion, 1965, Paris).

Incipit : « Nous nous quittâmes après une scène de trois heures ; et, pour la première fois de la vie, nous nous quittâmes sans explication, sans réparation. »

Excipit : « Á peine fus-je éloigné d’Ellénore qu’une douleur profonde remplaça ma colère. »

 

Aigri par ce nouvel échec, d’autant plus sévère que j’avais déployé tout mon zèle pour la combler d’attentions et dissiper le moindre nuage d’une humeur orageuse, je m’en allai errer au dehors. Encore une fois, il fallait me résigner au triste constat de la douleur sans fin d’Ellénore, qui me poursuivrait où que j’allasse. N’ayant pas assez de courage pour revenir sur mes pas, voler à son chevet et rallumer une flamme que seul l’amour eût pu attiser, ni assez de force de caractère pour faire fi d’une situation aussi déchirante, je laissai le vent guider mollement mon corps que toute vigueur avait délaissé.

La simple vue de la souffrance de l’être que l’on veut protéger des vicissitudes du monde suffit à éteindre toute prétention à la joie dans l’âme, comme si une force irrésistible nous privait de ce droit. Il n’était dès lors pas surprenant que je choisisse généralement sa douleur à la mienne, quitte à endosser sur mes épaules fragiles les affres de deux existences réunies. Voir ses traits se déformer sous les assauts simultanés de la tristesse, du remords et de la honte me procurait un vertige sans nom, car j’étais impuissant à ramener sur son visage d’ordinaire si noble et éclatant la rosée d’un beau matin d’automne. Que l’on me privât de tous mes biens, même les plus chers, que l’on me fît endurer toutes les souffrances de l’existence, des blessures de guerre aux aspirations brisées par une société impitoyable, peu m’importait, si du moins Ellénore fût saine et sauve, hors des éclaboussures de mon sang par trop épargné. Il y a dans les douleurs qui nous pénètrent sans heurter ceux qui nous sont chers une certaine vertu selon laquelle l’ennemi est identifiable, tangible et surmontable, alors que l’on se trouve rapidement démuni face à la douleur d’un autre, comme si nous devions redoubler d’efforts pour l’aider à affronter un péril que notre âme seule aurait défait sans peine.

Ce même mélange d’abnégation et de présomption me conduisait également à penser que ma vie ne pouvait commencer que si Ellénore se trouvait dans la bonne disposition pour vivre. Ainsi, son malheur une fois déclaré, il s’immisçait immédiatement dans mon esprit, parfois avant même de naître en elle, mes prémonitions angoissées  anticipant alors la funeste réalité. Ma joie ne pouvait s’exprimer que si la gaieté peignait déjà le visage d’Ellénore, la tranquillité ne pouvait trouver son chemin dans mon être que si elle était déjà passée par son cœur, et le bonheur ne pouvait frapper à ma porte sans qu’il eût déjà ouvert celle de son âme. Malgré ce jeu de miroir évoquant une certaine égalité dans nos humeurs réciproques, les émotions pleines et dénuées de tout calcul ne se manifestaient en moi que rarement, en empruntant des sentiers tortueux, comme les rayons du soleil traversent avec difficulté un amas de buissons broussailleux.

Ma duplicité était pour beaucoup dans cet enchevêtrement de pensées ne tolérant presque jamais l’idée de bonheur. J’étais sans cesse tiraillé entre l’envie d’une joie partagée et la crainte de nouveaux liens de dépendance qu’une telle joie laissait présager ; tantôt ma raison empêchait mon cœur de se laisser emporter par le fleuve naturel des transports d’Ellénore, tantôt mon cœur entravait le bonheur que ma raison avait validé, ayant perdu l’habitude d’une félicité spontanée et insouciante. Je ne me sentais plus digne d’être aimé, ni d’être heureux, car que vaut un bonheur qui, pour s’épancher, fermerait les yeux sur le visage de la souffrance et ferait la sourde oreille aux cris désespérés d’un cœur pur ? 

LES TANKAS DU CAFÉ de CRYSTÈLE GONCALVES

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J’aime le café

sans rien, sans sucre, sans lait

un reste de nuit

juste le zeste de lune

et un nuage de brume

 

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Noire et embaumante

fleur de café vénéneuse

au pistil fatal

jusqu’aux sucs caféinés

elle s’effeuille et se lape

 

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Les pommettes roses

collées au bol de café

chauffent et se dilatent

briochettes défroissées

des pétrissages nocturnes

 

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Ramasseur de rêves

il capture mon sommeil

café épuisette

il m’attrape d’une gorgée

toute entière dans ses filets

 

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Claquant son parfum

en vagues aromatiques

mon café fulmine

il tempête en s’écoulant

en grosses gouttes frappées

 

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Un piratage âcre

café à tribord des lèvres

en marée d’ébène

il envahit mon palais

saborde mes dents de nacre

 

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Chaises canissées

dans l’arôme café crème

une aube au comptoir

tabouret haut, pieds sur barre

v’là c’qu’elle veut la p’tit’ dame

 

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Tu m’étalonnes

à l’aune de ta force brute

mon café corsé

me happent de leur ardeur fauve

tes noires effluves en lasso

 

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Le café fumant

et l’aube brumeuse

suspendent le bruit du monde

seules les effluves dansent

au bruissement de sa mousse

 

 

D8AGGMi0.jpg:largeChrystèle Goncalves est enseignante à l’Université de Nantes. Passionnée par la poésie minimaliste (haikus et tankas), en préparation d’un recueil sur les tankas sensuels et érotiques, elle publie chaque jour sur Twitter ses nouvelles compositions via ce compte: https://twitter.com/Chrystaux?lang=fr