PIEGE À ÇONS : 25 texticules de Nicolas BRULEBOIS

Zest barrière
Giclée de citron dans l’œil

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Castafiore d’EHPAD
Ah ! je ris de me voir si belle en ce mouroir

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Jean casse Tex
Que reste-t-il de nos Z’amours?

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Mosquée Cloclo
Viens Allah maison, y’a le muezzin’ qui chante

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Arroseur arrosé

Asperger aspergé

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Pictionary khmer rouge
Décimez, c’est gagné

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Racketté pour un stylo-bille
Passe ton Bic d’abord

¤

Théâtre de l’absurde lesbien
En attendant goudou

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Judy Garland accro
Le magicien dose

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Il digère mal les chèques
Jean-Michel RIB

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Aznavour inédit
Non, je n’ai rien publié

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Fer à lisser Julien Clerc

Je le sais, sa façon d’être à moi parfois vous défrise

¤

Souchon oublie ses pronoms personnels
Je tu il nous Voulzy

¤

France Gall oubliait ses conjonctions de coordination
Mais où est donc Babacar ?

¤

Couverture universelle
Les hommes naissent libres et égaux en draps

¤

Clara Luciani & les batraciens
Sous mon sein la grenouille

¤

Angèle & les crapauds
Balance ton « coaaa »

¤

JL Aubert juge son boulanger
Quelque-chose en toi n’enfourne pas rond

¤

Lama crache sur le rock
Je suis ballade, complètement ballade

¤

Slam radical
Grand Corps Mouloud

¤

Lou Reed rebeu
Walk on the wild Saïd

¤

Rohmer obsédé par les bovidés
Le gnou de Claire

¤

Rohmer n’a pas payé le resto
Pauline à la plonge

¤

Heineken-Pis
Sa majesté des mousses

¤

Brel à Manchester
Cantona que l’amour

¤

William révise
Kate bûche

¤

Hollande a des doigts trop gros pour les tasses
Mon adversaire, c’est la fine anse

¤

Duras enfin sobre
Tu n’as rien bu à Hiroshima.

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Nicolas Brulebois par Gabrielle Pluet

Nicolas BRULEBOIS a fait paraître trois ouvrages aux Editions Jacques Flament, dans des genres divers qui sont le reflet de ses différentes inclinations littéraires : la critique musicale et culturelle (Alain Leprest, Gens que j’aime), l’écriture de fiction (Le Bunker), la forme brève satirique (Le Monde aigri, le monde est bleu).

Il a aussi publié dans les revues Fakir, Tant Pis Pour Vous, Kamikaze, Microbe, Traction-Brabant, Verso, L’Angoisse, L’Impératifet est actuellement auteur dans l’excellente revue Hexagone consacrée à la chanson française.  

UN ANCIEN TESTAMENT de CLAUDE LUEZIOR (LGR) / Une recension de Jeanne CHAMPEL GRENIER

Disons d’emblée qu’il ne s’agit ici ni d’une exégèse canonique, ni d’une approche scientifique : elles sont légions en la matière. Claude LUEZIOR, avec la franchise ouverte et sincère d’un Candide, n’a pas trouvé de vecteur plus adapté que l’humour pour nous présenter sa lecture parfois effarée de l’Ancien Testament. On est loin de toute herméneutique, loin des règles mystiques traditionnelles, loin des Pères de l’Eglise, de Saint Augustin, Saint Isidore ou Eusèbe de Césarée, mais plus proche d’un François Laplanche qui cite Karl Barth : « Ce que je dis de Dieu, c’est un homme qui le dit. »

             LUEZIOR l’amoureux des arts, le poète, le romancier, avance ici en terrain miné avec beaucoup d’entrain, de bienveillance et un certain panache. Il ne serait pas étonnant qu’il rallie à sa courageuse campagne, tout un peuple de lecteurs. Comment résister à sa réaction de potache, celle d’un enfant devant Spielberg et Charlot réunis ? Claude LUEZIOR est léger mais ne raconte pas à la légère. Il rit mais s’indigne, tout en citant les versets bibliques concernés. Voyons un exemple  »frappant » (ici tout est  »frappant »!) : celui-ci, intitulé Il faut savoir et qui précède Le Déluge…

« Reprenons depuis le début : Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu, il le créa. Et Dieu vit tout ce qu’il avait fait, et voici que cela était très bon (Genèse, 1,27 et 1,32). Et pourtant, Yahvé dit en son cœur: ce qui forme le cœur de l’homme est mauvais dès sa jeunesse (Genèse, 8,21). Diagnostic final : l’œuvre du Tout-Puissant est-elle à ses propres yeux bonne ou mauvaise ? « 

Comment résister à l’aventure de Noé dans le chapitre Soyons indulgents !  « Noé était âgé de six cents ans quand eut lieu le déluge. » (Genèse,7,6). LUEZIOR s’exclamera d’ailleurs plus tard : « belle gériatrie ! »Il rajoute :  »On excusera bien ses erreurs. Ce d’autant qu’il n’était pas très fort en mathématiques. Un peu pressé, il n’avait fait monter à bord qu’un seul escargot. Tantôt mâle, tantôt femelle et avec une patience infinie, le (la) bougre(sse) se débrouilla tout seul. » 

Et de préciser : « Prévoyant, le patriarche demanda à Yahvé quelques somnifères pour des crocodiles au sale caractère et pour un couple de singes qui commençaient à semer la pagaille : des êtres déraisonnables qui prétendaient, à l’époque déjà, avoir un lien de parenté avec Noé ! En ces temps prédiluviens et carrément écologiques, on lui fournit plutôt un couple de tsé-tsé, des mouches spécialistes ès sommeil. Ce qui fut tout à fait indiqué, notamment pour le paire de renards qui jetaient un regard lubrique en direction d’un coq et de sa doulce moitié. »

Évidemment, les choses s’enveniment avec « Caïn et Abel : le premier tue l’autre. Dramatique engeance ! On a si peu disserté quant à la douleur des parents… » Elles se multiplient et s’amplifient par la suite avec Moïse, David, Salomon… Alors, devant la lecture de tant de miasmes et de plaies soi-disant envoyées par Dieu, ajoutées à tant de turpitudes et d’exterminations dans nos sociétés humaines passées, présentes et à venir, que faire sinon rire parfois, pleurer, souvent ? Il nous y invite avec sa plume parfois cocasse, souvent indignée, parfois insolente, souvent humaniste, tout en frémissant devant ces déluges de violence détaillés dans un Ancien Testament d’il y a bientôt trois millénaires.

Cela dit, Claude LUEZIOR précise en quatrième de couverture :  » Ce qui est rassurant, c’est l’avènement, beaucoup plus tard, d’un rebelle, incarnation du pardon et de la tendresse : le Nazaréen Jésus-Christ. »

Jeanne CHAMPEL GRENIER

«  UN ANCIEN TESTAMENT déluge de violence » de Claude LUEZIOR, Éditions Librairie-Galerie Racine, Paris, 2020

Le site de Claude LUEZIOR

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EXTRAITS de l’ouvrage

Une histoire à dormir debout… sur un rafiot

Le sage Noé, charpentier amateur de son état, était tout à la fois insigne zoologue et botaniste.

Dans sa cage à poulets (le Livre saint affirme dans son arche (…) de 300 x 50 coudées [1] sur trois étages), il enferma par paires quelques millions d’espèces, toute nourriture comprise pour quarante jours.Pour faire bonne mesure, l’on précise plus loin qu’il s’agissait en fait de sept couples de tous les animaux purs (selon des critères mal définis, d’ailleurs) et d’un couple de tous ceux qui sont impurs [2].Heureusement, les dinosaures avaient déjà rendu leur bonne âme au Seigneur. Quelques tyrannosaures auraient tôt fait d’avaler le reste de la compagnie.

Prévoyant, le patriarche demanda à Yahvé quelques somnifères pour des crocodiles au sale caractère et pour un couple de singes qui commençaient à semer la pagaille : des êtres déraisonnables qui prétendaient, à l’époque déjà, avoir un lien de parenté avec Noé !

En ces temps pré-diluviens et carrément écologiques, on lui fournit plutôt un couple de tsé-tsé, des mouches spécialistes ès sommeil. Ce qui fut tout à fait indiqué, notamment pour la paire de renards qui jetaient un regard lubrique en direction d’un coq et de sa doulce moitié.

Lignes apocryphes

Malgré cette promiscuité et sûrement grâce à Dieu, les choses ne se passèrent finalement pas si mal. Bien entendu, les girafes, toujours un peu guindées, se plaignirent d’un torticolis et les éléphants finirent par inventer le régime contre l’obésité.

On ne parle pas des poissons volants qui, hors contingent, furent à la fête, ni des hippopotames qui rirent un bon coup.

Les baleines furent dispensées de figurer dans cette histoire pour raison de corpulence et les sardines ironisèrent sur le manque de place dans la boîte à Noé.

Soyons indulgents !

Noé était âgé de six cents ans quand eut lieu le déluge [3].

On excusera bien ses erreurs.

Ce d’autant qu’il n’était pas très fort en mathématiques. Un peu pressé, il n’avait fait monter à bord qu’un seul escargot. Tantôt mâle, tantôt femelle et avec une patience infinie, le (la) bougre (sse) se débrouilla tout seul.

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[1] Soit environ 150×25 m : Genèse, 6,15

[2] Genèse, 7,2

[3] Genèse, 7,6

LETTRE À MAISON DE FAMILLE de CLAUDE LUEZIOR

Claude LUEZIOR - Bibliographie Livres - Biographie - nooSFere
Claude LUEZIOR

Voici que mes doigts parcourent ce portail, velours de métal encore prégnant de mon enfance. Entrer dans l’univers matriciel. Revenir dans le soupir du vent, respirer le sourire d’un parfum, sentir les paupières d’un seuil entrouvert.      

Réveiller le silence. Descendre les trois marches. Passer en revue les bosquets de roses percluses d’attente puis monter jusqu’au faîte, à la ligne de partage entre tuiles et cieux. Là s’oxydent les souvenirs, là s’emmêlent des racines plongeant dans les voûtes majestueuses d’un oubli. La vareuse paternelle jette ses ocres, une invisible main astique un cuivre, un plumitif naissant joue les gammes des mots qui le fuient. La pendule muette remonte l’espace sans égrainer ses minutes : quel absurde horloger a-t-il émietté le temps en unités alors qu’il n’est que fluidité ?       

Maison de brique et de broc. Palais pour poète en déshérence.

Tu es vasque pour mythes ébréchés, nécropole d’émois où se bousculent encore les ombres du jardin premier. Ta façade, ridée de fissures bénignes, a la noblesse d’un visage à peine fripé par la bourrasque : stigmates sur un front que l’amour n’a cessé de préserver.

 Ouvrir mes paumes nues à tes ombres sentinelles, à tes arcades, gardiennes du mystère. De chaque creux s’évade une silhouette,  en chaque coin luit une patine, un suintement d’âme, quelque toile arachnéenne tissant une illusion.

 Célébrer le solennel et recueillir l’identité d’un trésor perdu puis retrouvé dans l’immobile lamentation des heures. Vivre tes voiles qui s’évaporent, jubiler sur la frange incertaine de tes oripeaux, trésor d’une épaisseur de vivre cousue main, humble et pénétrant joyau sur l’étoffe de ma mémoire.

 Plus loin, je respire ta pelouse où batifolent des fleurs sauvages, locataires par myriades qui profitent joyeusement des vacances. Les branches baroques des arbres se disent centenaires et lancent l’ivresse de leurs bourgeons ; clématites et lierres s’articulent savamment autour d’un angelot n’ayant pour respirer que sa vénielle prière de stuc.

D’un côté, tu es bure de pierre et de l’autre, foisonnance végétale : binôme où s’allient l’âme gardienne des choses et la création de la chlorophylle.         

Maison de Famille si grave qu’elle m’entraîne en une indicible prière. Si gravide en souvenirs que ma fibre fœtale s’y loge comme nymphe en son cocon de soie. Rugueuse et brillante, ta silhouette est mienne. Au seuil d’un Paradis.

                                                        Claude Luezior
                                                        in : Une dernière brassée de lettres, Editions Tituli, Paris

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La lecture du livre par Nicole Hardouin pour Traversées

DEUX POÈMES de NICOLAS GRANIER traduits en roumain par SONIA ELVIREANU

Nicolas Granier - Premier album ! - Ulule
Nicolas GRANIER

Poussière d’étoile

Elle avait dans les yeux

Une poussière d’étoile

Elle en faisait de nous

Des êtres de lumière

On écoutait son chant

Le monde était plus beau

Plus la lumière est forte

Plus la nuit elle attise

Vers elle n’accouraient

Que les papillons gris

Que les ailes fragiles

Les cœurs de noirs charbons

Pieds de sabots fourchus

Ils lui prirent le cœur

Ils déchirèrent sa vie

Quand la nuit se fait douce

Je regarde le ciel

Je recherche l’écho

De son sourire perdu

Elle avait dans les yeux

Une poussière d’étoile

 18/12/2020

+

Pulbere de stea

În ochii ei avea

O pulbere de stea

Din noi ea făcea

Făpturi de lumină

Cântul ei ascultam

Lumea mai frumoasă era

Cu cât lumina-i mai vie

Noaptea mai tare stârneşte

Spre ea nu alergau

Decât fluturii gri

Aripile fragile

Inimi de negri cărbuni

Picioare bifurcate

Inima i-o luară

Viaţa i-o sfâşiară

Când noaptea e blândă

Cerul privesc

Caut ecoul

Surâsului ei pierdut

În ochii ei avea

O pulbere de stea

 18/12/2020

Nicolas Granier - Premier album ! - Ulule

J’ai caressé les pierres

En mon pas qui se feutre

Au lent glas de l’hiver…

C’était comme un silence

Mais peuplé de murmures,

Un peu de vent peut être ?

J’ai caressé les pierres

Et j’ai touché leur peau,

Leurs belles mains ridées…

Je les ai vues pleurer

Réunis dans nos spleen

J’ai écouté les larmes,

Bercé par leurs sanglots

« Nous avons l’âme vieille

De votre humanité,

Vous voir si chétifs

Toujours recommencer

Tenter de nous hisser

Nous porter haut

Toujours plus haut,

D’être la Pierre

Bâtissant vos églises

Vos flèches vers le ciel

Et vos derniers linceuls…

Nous faire prendre forme

Quand la votre s’efface

Vos vies évanescentes

Au fil du sablier

Vous nous voulez cousins

Avatars

Armures

Pour braver l’Achéron

Qu’il est triste pour nous

De n’être que moulins »

Le frisson de mes yeux

Au fragile partage…

Le sanglot se fit ombre

La peau se fit plus froide

C’était comme un silence

Mais peuplé de murmures

Un peu de vent peut être ?

28/12/2020

+

Am mângâiat pietrele

Şi pasul meu ce se strecoară

În glasul moale al iernii

Era ca o tăcere

Însă plină de şoapte,

O adiere poate?

Am mângâiat pietrele

Şi le-am atins pielea,

Frumoasele mâini ridate…

Le-am văzut plângând

Strânşi în spleen-uri

Le-am ascultat lacrimile,

Legănat de suspine

“Avem sufletul bătrân

De-a voastră umanitate

Văzându-vă atât de plăpânzi

Mereu reîncepând

Încercând să ne înălţaţi

Să ne duceţi mai sus

Mereu mai sus,

Să fim Piatra

Ce vă construieşte biserici

Săgeţile către cer

Şi ultimele linţolii…

Ne daţi formă

Când a voastră se şterge

Vieţile voastre evanescente

Pe firul nisipului

Ne vreţi verişori

Avataruri

Armuri

Să-nfruntaţi Aheronul

Ce trist e pentru noi

Să nu fim decât mori”

Fiorul ochilor mei

La soarta fragilă…

Plânsul se făcu umbră

Pielea se făcu mai rece

Era ca o tăcere

Însă plină de şoapte,

O adiere poate?

Traduction du français en roumain: Sonia ELVIREANU

Le site de Nicolas GRANIER, auteur-compositeur-interprète

Découvrez la chaîne YOUTUBE de Nicolas GRANIER avec ses chansons et ses lectures de très nombeux/ses poètes(se)s d’aujourd’hui !

DIX POÈMES de JEAN-CLAUDE CROMMELYNCK

Jean-Claude Crommelynck

1072 Terribles chimères.

Coup d’état à l’échelle du monde

le capital à pris tous les pouvoirs

et épouvante ses esclaves soumis.

Il n’y a plus de rivages, il n’y a plus d’abris

Cette lave sur nos yeux

dans nos bouches

le poids de ces corps inertes sur nos épaules

comme un joug de chair putride.

Nous traversons les forêts blessées

les troncs calcinés nous agrippent

de leurs griffes de cendre.

viennent les terres disparues où le désert est tyran.

Nos hardes sont devenues plumes sombres

et s’enracinent dans nos peaux.

Telles des chimères terribles

nous effrayons ceux qui nous croisent.

Ils professent leurs fureurs prophétiques

qui laissent une pâleur sur nos bouches

et nous jettent les pierres de lapidation

auxquelles on n’échappe pas.

+ + + + +

1073 Errements en terre d’ombre I

Je m’allonge vers les cieux

me courbe en arc immense

je suis ce cristal qui diffracte la lumière

et de couleur, je repeins l’horizon.

En mai, j’enjambe les forêts

fais signe à Vénus accrochée à la lune

qui nous regarde tous, prostrés

dans une lente immobilité.

Aucun ne se souvient de la grandeur du monde

de la force d’Éole

et de la puissance sans borne de Râ.

Tous ont oublié le chant de l’eau

le fracas des cataractes

la sagesse qu’ont les montagnes

pour se mouvoir en millénaires

avec la lenteur des astres.

Tous ne pensent qu’à avoir et empiler

ce qu’ils ont sorti de la terre

ne sachant rien de la véritable richesse.

Sur le gazon que je foule

couvert d’ambroisie déposée par les dieux

mes pas laissent des empreintes sombres et lourdes

Je me prépare aux visites de Morphée

sur cette couche céleste

harassé par mes errements en terre d’ombre

dans les sables lourds.

Il sera toujours temps ce demain pour exhaler ma fureur.

+ + + + +

1074 Errements en terre d’ombre II

Vaincu par mes chagrins je me pose

en cet antre sombre où le jour ne peut atteindre

et me prends ce repos qui éloigne la folie.

Une brise ravive par ses caresses les roseurs de la peau

il fait un froid sépulcral qui laisse réfléchir

et calme les ardeurs des foudres du destin.

Enclin à baisser les paupières, se clore et ainsi ouvrir

les portes à Morphée

et à ses vaisseaux de rêves qui insufflent les pensées du lendemain.

Ici, protégé des humains, je goûte un répit calme

loin de leurs guerres, meurtres et tromperies

certain d’avoir pour un temps échappé

à leur traque éternelle de cannibales.

Recueilli je me confie à la nuit

mon corps plus grand que l’humanité entière

repose comme Atlas jusqu’aux bords de la Terre

En songe mes ailes touchent les étoiles

je frôle l’astre de feu au retour

vêtu de la cape faite de voiles lactés.

Le sceptre de foudre brandit dans mon poing

doté d’une force nouvelle digne des olympiens

je repars sur les voies de mes injustes royaumes.

+ + + + +

1075 Errements en terre d’ombre III

Je cherche les oracles et les temples d’amour

cachés aux yeux des profanes.

Sur la route, partout les dieux sont dissimulés

derrière de fausses insignifiances :

de simplissimes figures

vieux ivrognes grognant

jeunes éphèbes à peine pubères, vierges encore de tout

dans la peau de quelques animaux communs

lièvres, carpes, renard, sangliers

loups, serpents, vaches ou libellules

allez donc savoir qui est qui.

Ne pouvoir qu’à son cœur se fier

en espérant avoir le don de double vue.

Le merle a lancé son neuvième chant

le soleil l’a patiemment écouté

et attendu pour déployer ses rais

La route est large

les compagnons ne manquent pas

pinsons, rossignols, mésanges la haie d’honneur me font

Je fais ma joyeuse entrée en forêt

où les arbres m’invitent dans leurs antres séculaires

m’honorent de leur fraternité et m’hébergent

en échange, de quelques poèmes.

Entre leurs troncs nombreux

ils enserrent une nappe d’eau claire

où tous, dieux et bêtes vont boire.

Dans la pureté de sa transparence

on voit les poissons affleurer la surface

l’œil sévère comme celui d’un cheval

ils viennent murmurer les lois divines aux oreilles

des têtes penchées qui se désaltèrent.

Si la chance me sourit j’y verrai le faune sans nom

car nul n’a de nom dans les bois

celui qui a le pouvoir d’accorder le changement en eau ou arbre

ce qui, ici, est un suprême honneur.

Sinon il me laissera partir au prix d’un baiser doux

Grande sera l’envie de lui céder

il a le charme des sirènes

et le temps se suspend entamant ma volonté toujours plus.

Mais rien ne m’a distrait de ma quête

en rêve j’ai baisé ses lèvres et suis reparti sans me retourner.

+ + + + +

1076 Errements en terre d’ombre IV

La brume s’est levée et m’engloutit

après de longs instants à tâtons

je suis sorti vainqueur de ce sombre nuage

paré de tous les dons

diamant à multiple facettes, éblouissant de tous les yeux.

Debout, toujours un peu penché par rapport à l’axe de l’univers

capter les mondes cachés dans les périphériques regards

que je verse méthodiquement dans mon alambic poétique

Je suis un butineur, le front orné tel le parvis d’Apollon

par « Connais-toi toi-même »

à l’instar de Protée capable de médusantes métamorphose.

Dresser des paysages comme de grandes toiles de fond

prêtent pour le déroulement de drames et comédies

que je grave sous vos yeux charmés.

Nous croyons pouvoir un jour changer le sort défavorable

cela justifie notre immobilité

et les dieux pleurent déjà nos futurs défaites.

Sur cette terre vert-de-gris aux oliviers millénaires

se sont croisé les pieds d’Achille et de Patrocle

leurs bras ont brandit des glaives

mais leurs mains se sont caressées

et le velours sombre de leurs cils, en baissant les yeux s’est mélangé

le souffle de leur haleine d’un parfum amoureux à scellé leurs lèvres dures

d’où le sourire était banni depuis tant de guerres.

Sur cette terre enfin je suis et pose mes pas

dans l’empreinte de celles des dieux

De ma lame je frappe le rocher

et de sa blessure jaillit une source nouvelle

qui, dans les futurs, fera une grande Babylone de félons et de rustres

mais au présent abreuve la terre et fait grandir encore les oliviers

couvre les champs du blond des blés, cheveux bien-aimés de Gaia

où les bluets sont mes pensées égarées qui tentent un dernier geste.

+ + + + +

1077 Achille 2020

Avec le long soupir des ressuscités

la gorge encore emplie de terre

les sifflements et le fracas de guerre

il court

n’évite pas la balle qui le suit

et comme un coup de poing

se fiche dans son cou.

Le métal traverse son larynx

ses pieds courent encore

tandis qu’il s’écroule lentement

maculant les herbes vertes

de son sang rouge comme des fleurs.

Un couple de soldats enlacés

se porte des coups en étreintes serrées

flanc contre flanc

sexe contre sexe

et tombent unis

sous les rafales de mitraillette

qui les foudroient l’un et l’autre.

Beaucoup s’abandonnent

leurs yeux restés ouverts regardent dans le vide

vers la dernière étincelle de lumière à l’horizon.

Là, un pauvre guerrier

couvert de boue et de sang

la vie s’échappe à flot des ses blessures

les mains parcourant ses plaies sans y croire.

Ses amis qui le regardent tituber en silence

lèvent les bras

et supplient les dieux nourris à leur douloureuse tristesse

de les épargner

mais l’un après l’autre ils s’affalent

touchés tour à tour sans la moindre pitié.

L’ami chéri s’est couché

sur le corps de son compagnon agonisant

et le pleure avec des étranglements de douleur

il sera le seul rescapé de l’unité.

Beaucoup de mères vont retenir leurs larmes

avant de le savoir.

+ + + + +

1081 Constat 20/20

Je restais sans lire

sans parler

assis sur une chaise

devant la fenêtre

à regarder le confinement éteindre toute vie.

Le regard dans le vide de celui de ma tête

j’attendais sans rien attendre.

Simplement laisser couler le jour puis la nuit

dans cette espèce d’infini où règnent

les prisonniers mis au secret

dans les encres du crépuscule.

+ + + + +

1083 À ciel couvert

Sous la chaleur intense

d’un réchauffement constant

nos ombres assoiffées

courent au devant de nous

chaotiques et affolées

projetant leurs silhouettes effarées

sur les murs de séparation

Quand tous auront souffert

on se baignera dans les larmes du monde

transpercés de douleurs nouvelles

Tout change

bêtes et pierres

dieux et démons,

le silence et les mots

Le poème est une bouteille qu’à la terre

la mer rejette sous une tonne de plastique

nous reste à chanter l’écume

rire sous la bulle du monde

devenue prison

grande chambre à gaz

par soucis de sécurité

+ + + + +

1084 Avant l’écœurement

Je propose que l’on s’achète

des masques-à-gaz et des gilets-pare-balles

70 millions d’humains ont quitté leur pays

dont la moitié est des enfants

Pour construire un nouveau monde

il faut d’abord faire crouler l’ancien

saborder l’économie est un bon point départ

si en plus on muselle et cloître la population

on peut renverser les valeurs à son aise

Est venu le temps où nous sommes sacrifiés par nos pairs

Nous vivons encore comme il y a trois mille ans

occupé à nous génocider allègrement

laissant derrière nous les murs troués des cités vides

Patiente est la graine qui bientôt va mûrir

La résistance contre la terreur

passe toujours par une violence légitime

il faudra écarter les murs et laisser dévaler le fleuve liberté

baigner les terres assoiffées

si l’on ne veut pas que la graine soit gammée.

+ + + + +

1085 Veille

Le soleil a mis une éternité à descendre

comme s’il ne voulait pas abandonner le ciel

Le soir me cueille

je suis là enseveli sous mon corps

écrasé dans le sol

dans l’impossibilité de bouger

les yeux à peine ouverts

Pris dans le roulis rituel du souffle et du noir absolu

cœur audible dans le silence des fournaises à venir

Un frémissement des arbres prévient de l’orage

le gout de liberté devient palpable

et l’héroïque de l’évasion m’enivre

La sauvage innocence des rêves

son essence si réelle laisse des souvenirs indélébiles

des émotions vierges de toute culture

Il y a cette oppression de la poitrine

où cogne le cœur affolé du dormeur

Le hibou hulule la liberté du haut des barricades

Lune s’est lentement élevée fine comme une ligne courbe

Je repose avec l’œil du chien aux aguets

dans un sommeil profond où j’ai conscience de tout.

+ + + + +

JEAN-CLAUDE CROMMELYNCK dit CeeJay. Né à Bruxelles en 1946, a publié dans plusieurs revues de poésie en Europe, au Maroc et aux USA traduit en français, russe et en anglais.Édition en 2014 chez Maelström Réévolution d’un premier recueil de poésie « Bombe voyage bombe voyage ». 2015 Poèmes traduit en anglais dans un n° spécial qui lui est consacré : MGV2 Issue 81, Irlande. 2017 Le Prophète du Néant, recueil de poésie soufi pour réconcilier l’orient et l’occident avec 13 traductions en arabe chez Maelström. 2019 Derrière les paupièresL’immensité aux éditions de L’Arbre à Paroles de Amay…

Son dernier recueil est paru en février 2020 aux éditions du Coudrier : L’Arbre de Vie 

IL/ELLE COLLECTIONNAIT LES MERS… par CÉCILE QUINIOU et MANOU JOUBERT

Tableau peinture huile mer, les meilleurs produits pour 2020 ...

 

il collectionnait les mers, il en avait des centaines

il les installait sur son étagère, parfois ça débordait,

le vent se levait, les vagues se haussaient

et ça clapotait et ça clapotait

l’eau dégoulinait aux murs

le papier se décollait, les cloisons se dissolvaient

l’horizon s’élargissait et il nageait

il nageait dans le bonheur

éclaboussé par les embruns

le soir, le matin plus rien ne comptait

il était emporté par les courants marins

on l’avait prévenu pourtant

un ami lui avait précisé :

« ces histoires on ne sait jamais comment ça finit, tu pourrais même te noyer »

lui riait à ces mots, des larmes salées lui coulait aux joues

il aimait moins les mers fermées

la mer rouge était juste pour lui une curiosité

qu’il avait casée un peu plus loin dans un endroit sombre

pour les jours où il ne se passe rien

il aimait plus que tout la mer des Sargasses

qu’égalait celle des Caraïbes infestée de requins, de pirates, de sirènes

une mer de contes de fées

la mer morte lui faisait peur

il aurait bien aimé la ressusciter

mais elle restait fermée sur elle

gorgée de sel

de mer elle n’avait que le nom

il la conservait

juste pour sa collection

certains jours il s’enfermait à clé

et appelait de tous ses vœux la mer du Nord, l’effrontée

il aimait sa vivacité, sa fraîcheur, son audace sans limite,

de préférence les jours d’hiver quand tout dormait, qu’il s’ennuyait

il épiait ses moindres écarts, sa capacité à flirter avec le danger

ses tentatives de rapprochement avec l’océan.

Il réfléchissait par moment :

sans océan il le savait bien

pas de grande traversée

pas de rencontre inopinée

avec les marlins bleus

ça ne faisait rien

c’est ce qu’il croyait du moins

alors il guettait l’instant précis

où l’un d’eux migrerait

vers un lieu plus feutré

un peu refermé

pas trop agité

il attendait ainsi

tandis que l’alizé lui soufflait à l’oreille

des aventures qu’il ignorait.

Cécile QUINIOU

 

 

Gifs animés trouvés sur le net - Au royaume des sirénes

 

 

Elle collectionnait des mers, elle en avait des centaines !

Iroise, opale, outremer profond, elle les mélangeait sans cesse dans son grand chaudron.

Elle les versait sur la terre, contemplait l’effet, les pousses étranges qui peu à peu germaient.

Elle naviguait au cœur de ses rêves, elle en faisait des confitures, des amalgames onctueux pour sa peau de soie.

Elle passait des nuits, des jours à les trier, à leur parler. Elle préférait les mers calmes, mais elle avait en réserve des tempêtes, des tsunamis, des ouragans mémorables.

Quand elle ouvrait les horizons des mers du nord, des mers rugissantes, ses cheveux se dressaient sur sa tête, ses yeux verts étaient en grand danger de s’engloutir au creux des vagues de colère, profondes, noires.

Son domaine, aux confins des terres, disparaissait dans les brumes, dans les évaporations ardentes du soleil.

Elle avait pourtant oublié une mer, la plus discrète, la plus profonde, la plus imprévisible du monde ;

Bleue, verte, noire, rouge souvent, elle ondulait au creux de ses intestins, surgissait au sommet de sa tête, gloutonnait son temps, avalait sa patience, et se maintenait en éveil à chacun de ses pas.

C’est un jour sans fin qui l’a décidé à ouvrir le couvercle du ventre qui la protégeait.

Depuis ce temps-là, les autres mers sont plus sages, et aux creux de ses yeux, deux petites vagues vont et viennent, malicieuses, joyeuse. Qui peut bien- être attentif à un tel phénomène ?

Manou JOUBERT 

 

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Deux textes écrits à partir de l’incipit d’un texte d’Éric ALLARD lors d’un atelier d’écriture organisé par Catherine BAPTISTE

CHIEN, FORÊT suivi de LOUVE  par Catherine BAPTISTE et Rose-Marie MARC’HALANT (Editinter)

L’ANTIGONE MANQUÉE de Catherine BAPTISTE (Bleu d’Encre)

CROÛTE TES RESTES / PHILIPPE BRAHY

 

« Croûte tes restes… » : est le titre de cette photo en couleurs (rare) et qui représente un pain chaudement sorti du four, croûte éclatée et dorée. Ce pain, préparé du matin, avec amour, fierté et gourmandise par m’amie, avait bien de l’allure. Il ne m’aurait pas déplu de le partager avec elle au petit déjeuner avec un bon café noir et du beurre salé, toutes sensations oubliées.

M’amie avait une façon bien à elle de titrer ses images et se jouait des mots pour en suggérer d’autres, ce qui laissait une libre interprétation au sens que l’on pouvait lui donner. Moi-même friand de ces jeux de mots, je me mis à penser – mes restes, des croûtes ! Moi, un vieux croûton ? Elle eût tôt fait de me rassurer car plus… « terrestre » en réalité. Tout de même, à la photo suivante : « Çamisole ! » Pour – ça m’isole ! ou camisole… de force, je n’étais pas loin d’y perdre la tête. La photo représentait une scène de détapissage, je me lançai donc dans un « détapistage ! » bien de saison. En effet, m’amie s’était cachée sous un grand pan de papier qui ne laissait voir que deux avant-bras sous un bouclier de papier peint, toujours solidaire de son mur. Les grandes manœuvres du printemps avait commencé et on peut imaginer qu’il y aurait du sport sous l’effort.

Cette autre image s’ouvrait sur les félicitations de Inii Ni : « Absolument fantastique. Un koan visuel ! Félicitations ! ». Le kōan prend la forme d’une aporie (contradiction insoluble) qui ne peut être résolue de manière intellectuelle. Cela me convenait car l’image était « spirituelle » et m’amie, tout comme moi, étions l’aporie absolue. Aucune impasse pour nous mais du vraisemblable et rien d’étonnant pour moi à voir dans ce montage photo une fille suspendue par les pieds à des ballons emplis d’hélium qui touchaient terre tandis que la tête de la fille était dans les nuages. Un peu comme un soleil peut cacher un nuage et un porte-avions s’y promener !

La pesanteur sur terre, m’amie écrirait – la pesante heure surterre– en pensant aux « surterre » de Saint-Pol-Roux allant jusqu’à me faire imaginer un vaccin pour le Covid19 : le Zigomaticorona© et s’exclamer : « l’envers allant droit ! », ce qui n’était pas faux. Imaginant aussi dans cette autre image en camaïeu de blanc que cela pouvait paraître « Sombre… ». Ce qui autorisa un certain Patrick Pialet, (pis à lait) de prétendre : « Il y a du monde à laitage… » car rien ne démontrait dans l’image de cet escalier d’un blanc immaculé, s’il descendait ou montait ! Il suffira au « laitier » de bien s’accrocher à la rampe inexistante, un passage pour moine –Variété de phoque des mers chaudes. Mais cet intrus, citant Alfred de Vigny, n’en resterait pas là.

« J’ aime le son du corps le soir au fond des [draps]… » Patrick Pialet. Je répondais : « Que de fois, seul, dans l’ombre à minuit demeuré, / J’ai souri de [l’attendre] , et plus souvent pleuré ! » La photo, ici commentée, est comme la précédente, virginale, c’est-à-dire d’une blancheur absolue que soulignent certains contrastes du « miroir à la nonne », mère supérieure, drapée dans la blancheur du coton et fixant un miroir rond, sorte « œil-de-bœuf » n’ouvrant sur aucun paysage, pas même son visage ; « Chien andalou » muet, à la Luis Buñuel qui rêve d’une lame de rasoir fendant un œil et qui, « l’instant d’après le film montre en gros plan la main de l’homme tenant le visage d’une jeune femme tandis que le rasoir tranche son œil par le long ». Il n’y avait pas tant d’horreur dans cette image que la photo d’une mariée drapée de blanc debout sur un lit et tournée vers ce miroir. « Le blanc qui, d’un point de vue positif, est lumière ; mais la lumière n’existe que par le feu dont le symbole est le rouge. Opposé aux ténèbres maléfiques, le blanc désigne le bien ; mais opposé à la séduction des couleurs et au rouge du sang vital, il désigne l’absence et la pâleur de la mort. » « Le blanc agit sur notre âme comme un silence, un rien avant tout commencement. » — Vassily Kandinsky.

 

UNE VISITE IMMERSIVE DANS LES SALLES D’UN OPULENT PALAIS QAJAR À LOMPRET et à la DÉCOUVERTE DU « PARERGON  » / PHILIPPE BRAHY

Photo : Dan Ferdinande

Adonc, Guy Ferdinande, bien que parangon – sorte de marbre noir ou pierre sans défaut de joaillerie – ou, comme je le pense : un guide philosophique pour nous tous, Guy Ferdinande, s’entoure d’un supplément de cadre qui lui sied à merveille et qu’il emprunte à « L’Empire des roses » au Louvre-Lens. (Il a dû regretter de ne pas avoir son luth sur place pour compléter la scène.)

Adonc et encore, Guy Ferdinande m’apprend ce qu’est un « parergon » que le philosophe Derrida (1) emprunte à Kant : « Le « parergon » est un supplément à l’oeuvre d’art, ni intérieur ni extérieur, qui la délimite, la cadre et le bordé. » Il est temps que ce mot me rejoigne au matin de ma vieillesse et que j’en fasse un « parerga » sorte « d’ornements, des parures extérieures et préjudiciables à la belle forme. »

La forme, ici, est Guy Ferdinande. Moi qui serais plutôt de la théosophie antique voire de l’illuminisme, j’apprécie de pouvoir préciser ma pensée d’un jour nouveau. On apprend à tout âge. Je pourrais dire : « L’habit ne fait pas le moine. » Mais je puis comprendre que les philosophes s’en méfient en n’étant pas le centre de l’image, si je puis dire. Par ailleurs ce n’est pas sans humour que Christoph Bruneel m’a remis un livre de Gustave Lambert BRAHY dont référence ci-dessous. (2).

Malheureusement ma pauvre tête dyslexique est la porte de tous les paradigmes. C’est aussi un cerveau à l’effondrement gravitationnel qui se précipite dans un trou noir, souhaitant toutefois qu’un « sasse » débouche sur une sorte de « Papeete Beach » pour ne pas être trop déconfit du confinement. « Mais pourquoi faut-il un parergon ? Pourquoi ajouter cet en-plus ? Il faut supposer que quelque chose manque. Mais quoi ? Qu’est-ce qui manque à la représentation ? Quel est le défaut, la fragilité dont le cadre protège ? Autre question. Qu’est-ce qui est essentiel et accessoire dans une œuvre ? On ne le sait pas, ni pour un tableau, ni même pour l’oeuvre de Kant, Critique de la Faculté de Juger. Quelle est la chose même ? Où passe la limite ? Où commence le cadre, où finit-il ? »

That’s the question ?

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1. Derrida emprunte le mot « parergon » à Kant dans la Critique de la Faculté de Juger (§14).

2. Gustave Lambert BRAHY est né à Liège le 1er février 1894 à 23h00 (Verseau ascendant Balance) et décéde le 21 mai 1989 vers 15h à Bruxelles. [Victime de la grippe espagnole mais survivant comme je pourrais l’être du COVID-19]. Fondateur de l’Institut d’astrologie de Belgique, devenu le Cé.B.E.S.I.A.(Centre belge pour l’étude scientifique des influences astrales).

L’ÉPAISSEUR DU SILENCE et autres textes de PHILIPPE BRAHY

 

L’épaisseur du silence

… Et, pour solutionner l’énigme, un nid-de-poule ou peut-être le creux naturel d’une Pierre qui contenait l’eau lustrale de son baptême, un baptistère. Le silence d’une eau qui ne dirait pas son nom et dont le miroir n’avait que le reflet de lui-même et… l’épaisseur de son silence. Narcisse pouvait s’aimer puisqu’il était, tel un vampire, sans reflet. Il y avait aussi ce chapiteau de poussière patiemment tissé par une tégénaire sur un sol abandonné, une piste aux étoiles sans étoile dont l’unique source de lumière était lunaire. Et ce portrait au visage absent magnifiquement encadré d’un tricot noir en capuche « à mémoire de forme » qui laissait deviner l’être qui l’habitait, mais aussi le vide abyssal dont le regard absent vous fixait pourtant.

 

 

Une bulle d’air creva à la surface de l’eau à la suite du bouillonnement tumultueux produit par l’expulsion de l’air de ses poumons. C’était là, sans aucun doute, sa dernière expiration avant la noyade, l’effet fut celui d’une « alliance » d’eau comme un fumeur ferait un « rond » d’une gorgée de fumée. Et de fumée il était question dans ce looping vertigineux réalisé par trois as de la voltige aérienne. Une course-poursuite de prétendants au titre roi des meilleures figures acrobatiques. Elle s’était donc, in extremis, propulsée de l’eau pour attribuer ce titre au vainqueur et se retrouver à nouveau sous l’eau rédemptrice d’une douche où le verre d’une paroi laissait entrevoir la présence martelée et kaléidoscopique d’un corps se réfléchissant à l’infini. Fallait-il cela pour se retrouver près d’un buisson aux pelotes de neige poudreuse, cotonneux cristaux de glace qui évoquaient le moelleux d’un rouleau d’ouate hydrophile ? Je ne pourrais dire mais je laisse au lecteur occasionnel le soin de juger de cet enchaînement car je vis cet ami en homme solitaire gravir des paysages de paix et d’infini. Un ami s’en aller, sortir de l’image, pour se fondre dans l’immensité inconnue de tous, l’hors cadre du grand départ figé dans le sommeil. Restait sur une étendue d’eau, les reflets zigzagants d’une lune portés par le batillage produit par le sillage d’un bateau fantôme.

 

 

« Mon oeil ! » avait-elle titré sur cette photo, l’exacte traduction de cet aphorisme d’Éric Allard, in Les Belles Phrases : « J’immerge un doigt dans les profondeurs narines. » – Qui avait inspiré l’autre ? Ce portrait de femme équipé de lunettes de moto, le doigt dans le nez et ayant l’air de dire « poil au nez » non sans humour et provocation ; les verres embués et ce regard « charlot » qui montraient son humeur du jour tout porté sur la dérision. Et, comme pour affirmer ce bonheur, cette autre photo de verre blanc cassé : « Verre blanc cassé… bonheur obligé. » Adage cent fois répété par ma mère qui s’écriait ensuite : « celui qui ne fait rien ne casse rien ! ». Fallait-il pour autant se présenter nue et les poignets joints en passant par la case prison, c’était un raccourci osé. Mais c’est ainsi que je retrouvais m’amie à la pose suivante, toute disposée à satisfaire au pire voire d’aller de mal en pis. Ce qui se présenta aux cases suivantes…

 

 

Cinq images résumaient la journée en une « journée de merde ! » À suffoquer même… dans cette image d’une tête bâillonnée de slips à l’exception de l’ovale du visage, me semblait-il ? Puis soudain une mer et son reflet lunaire, le calme plat. Au cliché suivant, posée devant une bibliothèque prestigieuse, une magnifique sculpture en bois, vermoulu et fendu, une sorte de mandarin dans une bure relevée à mi-cuisses. Il était plongé dans la méditation, le coude sur un appui de siège disparu et la main lui soutenant la joue. Je ne pus m’empêcher d’imaginer Le Penseur de Rodin initialement nommer Le poète et qui devait représenter Dante devant les portes de l’Enfer. Ici, à Laeken, je n’en étais pas loin. Puis encore ce cadrage d’une épaule ; d’un avant-bras et d’un sein enduits d’un latex blanc, pelé à hauteur du cou, comme un masque d’où surgirait une nouvelle peau. Restait cette dernière photo, une ancienne forme d’embauchoirs en bois dont le bout était retourné avec ce commentaire pertinent : « Volte-face… ! ».

 

 

Les lettrines de Philippe Brahy sont tirées d’un recueil de Gérard Clery : La Seine en chemise de nuit, contes de Paris, paru chez Caractères en 1999. 

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Philippe BRAHY

L’ESCARRE DU COUDE de PHILIPPE BRAHY

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À mes amis poètes

 

Poètes nous connaissons tous la crampe qu’il suffit d’étirer et masser pour en atténuer l’effet ; la tendinite du poignet aussi pour les plus sportifs d’entre-nous pratiquant le stylo plume ou du genre calame. Mais l’escarre du coude, pour un poète, voilà qui est plus rare et laisse supposer que le poète écrit couché se tenant sur… un coude !

Une réminiscence de la pacification romaine en nos régions, me direz-vous ou l’habitude de vivre couché ? Je vous répondrai Dagobert Ier et à sa suite les Rois fainéants mérovingiens ! C’est aussi la conséquence de la modernité qui fait du « smartphone », d’une tablette ou tout autre portable l’outil rêvé de la paresse.

Je crains, par ailleurs, que morphologiquement nous devenions des cubes et, pour les plus nantis, des sphères, les premiers étant plus facilement empilables. Amélie Nothomb se décrivant elle-même comme un tube (digestif) proche de Dieu dans Métaphysique des tubes. Mais je m’égare. Je voulais attirer votre attention sur l’escarre du coude. Voilà qui est fait et, dans l’attente de n’être qu’une sphère communiquant par la pensée, vous avertir.