DEUX HOMMES ET UNE ARMOIRE de ROMAN POLANSKI

Deux hommes et une armoire est sans doute le plus connu et récompensé des courts-métrages que Roman Polanski a réalisés avant de tourner son premier long métrage, Le couteau dans l’eau, en 1962, le seul long d’ailleurs à avoir été tourné dans sa langue natale.

Le film est tourné en trois semaines à Sopot, une station balnéaire près de Gdansk et Polanski vise un prix au festival du court-métrage expérimental de l’exposition universelle de Bruxelles en 1958 (Roman a 25 ans) où il obtiendra la Médaille de Bronze.
Ce film sera le premier d’une collaboration artistique avec le pianiste et compositeur de jazz polonais, Krzysztof Komeda. 

wardrobe2.jpg

Lire l’analyse du film par Alexandre Tylski sur le site concacré à Polanski

LE FILM 

c01-Deux-Hommes-et-une-Armoire3.jpg

17021.jpg

Les génériques des films de POLANSKI

(dont une collaboration avec Jean-Michel Folon pour le méconnu Quoi? en 1972)

La chanson du Couteau dans l’eau 

Le film de Polanski / Yves Simon

s_15794rg_fsa_roman_polanski.jpg

ROMAN POLANSKI, Le SITE 

LA PERTE

18072007154924.jpgQuand on possède beaucoup de maisons, il ne faut pas s’étonner qu’on perde une porte. D’autant plus quand on voyage beaucoup en l’emportant dans ses bagages. Et puis allez savoir où on l’a laissée, dans quel hall d’hôtel, dans quelle remorque de véhicule, sur quel parking désert ? Les portes ne se retrouvent pas d’un quart de tour de loquet magique. Il faut fouiller dans sa mémoire, parfois jusque dans l’enfance, au moment où on regarde par la boîte aux lettres et où l’amour des portes vous prend pour ne plus vous lâcher. Une porte, c’est beau, c’est attaché à un lieu, une habitation ; si on l’aime, forcément, on va vouloir l’extraire de son contexte, l’arrachement sera douloureux mais le plaisir de la possession est à ce prix. Si on est doué de ses dix doigts et muni d’un bon tournevis, on peut réussir l’opération sans douleur de dos: ni la porte ni son encadrement ne souffriront. Puis on emporte la porte avec soi, elle vit ce qu’une porte ordinaire ne connaîtra jamais, des aventures extraordinaires, faire connaître de telles émotions à une porte n’a pas de prix. J’aime les portes, toutes les portes !

C’est une passion égale à celle qu’éprouve un homme hétérosexuel pour les femmes. Banal, en somme. Evidemment des portes comptent plus que d’autres et ce sont celles-là avec lesquelles on veut partager un bout de chemin, lui faire découvrir d’autres horizons, lui faire goûter à la liberté des portes. Épuiser la relation. C’est beau et grand comme tous les envoûtements. J’ai aimé des portes puis je ne les ai plus aimées, je les ai rendues intactes, ou presque, à leurs résidence propres avec des larmes de portes, de grosses larmes qui perlaient aux trous des serrures quand je les replaçais dans leur encadrement.

Mais celle à laquelle je pense ici, comme vous peut-être, l’Unique porte, je l’ai perdue. Ou elle est partie avec un autre amateur de portes. Je l’ai longtemps cherchée avant de me faire une raison. Où qu’elle parte, on ne se fait pas à la perte d’une porte, d’autant plus quand c’est la première fois que ça vous arrive. Jusque là, c’est vous qui les laissiez, en les ramenant sagement, presque avec des manières, avec l’espèce d’élégance de lourdaud qui vous caractérise. Et puis là, soudain, c’est elle qui vous quitte, ou qui s’arrange pour rester en plan, se faire oublier. Car certes une porte n’est pas munie d’une intelligence indépendante et c’est ça qu’on aime chez les portes, comme chez certains êtres, cette impossibilité à décider et de remettre sa vie entre vos mains jusqu’à sa propre mort s’il le faut. Jusqu’à sa disparition. Cela n’empêche pas la porte d’avoir une intelligence, des chambranles et des charnières, de son bois intérieur – pour les portes traditionnelles -, une intelligence intuitive, on va dire, un peu retorse, mais une intelligence quand même.

Je vous dis tout ça au cas où sur votre route vous retrouveriez une porte esseulée, une porte en dehors de ses gonds, une porte comme une autre mais une porte toute seule, sans espoir d’intégration. Une porte sans résidence fixe. Je vous le demande de tout mon cœur meurtri d’amoureux dépité d’une porte, ramenez-la moi ! En échange je vous donnerai toutes les fenêtres du monde si vous aimez les fenêtres comme moi j’aime les portes. Je vous en prie. 

LA TOURNÉE DES GRANDS LUC

Capture-d%E2%80%99%C3%A9cran-2015-01-06-%C3%A0-14.38.15.pngChaque été, je me prépare à faire la tournée des grands Luc. J’imagine déjà, à l’issue du voyage, le nombre de selfies à poster sur mes réseaux sociaux préférés et la notoriété que ça me rapportera. Puis je me ravise, je me dis que non de nom, les grands Luc, c’est trop grand, trop vaste, trop intense pour moi. Je dois me préparer psychologiquement, je ne suis pas encore prêt, non. Je remets cela à l’automne, à l’hiver, et je fais dans ma tête la tournée des moyens Jean-Achille, des très moyens Jean-Anatole et des quelconques Jean-Jean. Mais j’entends les voix des grands Anton des très Grands John et des trop grands Björn-Björn me demander la raison de mon omission. Serai-je raciste, pire antiscandinave ou russophobe, ou inconcevable : non laïque, apolitique ou, pour tout rire, partisan d’une crasse immobilité. Je crie NOOOON, vous n’avez rien compris. J’ai juste envie de faire la tournée des petits Pier, des petits Saul et des petits Jack et je dormirai sur la descente de livre,  s’il y en a, ou dans le lit avec la bonne, surtout si elle se prénomme Eva, Edwarda, Evangelina, j’ai depuis toujours un faible pour les prénoms féminins en e & en a.

L’IMPARFAIT NOUS MÈNE de Philippe LEUCKX (Editions Bleu d’Encre)

leuckx-imparfait.jpgTrouées de mémoire

Philippe Leuckx écrit cette heure entre chien et loup où le temps s’allège, dépose les armes du jour pour lire la paix dans la lenteur des visages,  où ce peu de ciel en nous s’allie à la rumeur de la ville, où le temps prétend à la beauté…

C’est l’heure de la journée où l’enfance pousse ses souvenirs, où, à la faveur du vent du soir, le cœur resserre ses branches

Le corps placé entre jour et nuit est aspiré par le passé où l’imparfait nous mène.

On est en retard sur soi. On y laisse des parts d’ombre.
Il s’agit alors, tel un marin sous la menace du crachin, de mener son embarcation, en se servant de tel mot (qui) lève et sert notre mémoire, sans prêter le flanc au chagrin, sans verser dans le passé. C’est tout un art de l’esquive et de la maîtrise du vent.

De temps à autre, quelque chose échappe, écrit le poète.leuckx-photo.jpg

Il s’agit tout autant de répondre aux questions que posent l’arbre, le vent au sujet de nos racines propres, de remonter sans s’égarer à la source de son propre sang.

À mieux lire notre passé, comprend-on, l’avenir sera plus lisible, on verra mieux le temps qu’il reste comme si le fond de ciel s’aiguisait à force d’être lu. Pour réussir à goûter l’aube sans souci de nuit…

Dans la seconde partie du recueil, le sang court et les poèmes s’allongent, les vers font place à des phrases, la narration s’immisce à la vue des photos à la sépia corrodée d’un vieux grenier. Mais c’est la même langue du souvenir qui est travaillée pour dire la terre des parents, ou par exemple le prosaïsme de « l’incompréhensible bagarre entre deux compères » dans le compartiment d’un train de nuit qui nous rappelle la violence journalière, enfouie…

C’est dans la terre que le narrateur cherche la lumière.

Sur les lieux de l’enfance, le souvenir prend forme humaine et visages familiers.

Alors le monde s’éclaire de ces trouées de mémoire.

Tout reste à vivre, à relire.

Philippe Leuckx parle la langue de la poésie, propre à chacun de nous, à quelque profondeur qu’on l’y a laissée. Il faut savoir y revenir, quitte à abandonner pendant cette plongée le langage parlé, tout fait, celui des actualités et des superficialités du cœur. Si on saisit ce temps, on apprend sur soi, on lit dans son propre cœur comme dans un livre ouvert. De Philippe Leuckx évidemment.  

Éric Allard

Le recueil (56 pages, 10 €) est paru aux éditions Bleu d’encre, dans une nouvelle et maniable édition papier au visuel attrayant.

BLEU D’ENCRE le site

BLEU D’ENCRE sur Facebook

Philippe LEUCKX sur Wikipedia

VERS UNE INTERDICTION COMPLÈTE DES MINIONS DES RÉSEAUX SOCIAUX…

 df6d2d751862225aa2051ceef0d2adf7.jpg

 

Un monde virtuel sans Minions, est-ce encore possible?

Contre ce qui s’assimile très fort à une invasion des écrans, de nombreuses associations de défense d’usagers des Réseaux sociaux ont interpellé le Premier Ministre Charles Michel qui, face à la contestation, a promis de prendre dès la rentrée prochaine le problème à bras-le-corps :
« Moi aussi, je souffre beaucoup de l’omniprésence des Minions, je ne les supporte plus du tout ! Il faut avoir le courage de lutter contre cette épidémie et le gouvernement dans son ensemble, dès septembre, se retroussera les manches… Nous irons progressivement pour ne pas heurter les internautes déjà contaminés. Nous procéderons d’abord par quotas et des cellules de soutien psychologique seront mises en place pour venir en aide aux populations fragilisées.

Un numéro vert (ou bleu ou rouge, peu importe) sera ouvert. Mais il ne faut pas se voiler la face, nous allons vers une interdiction totale de cette plaie  pour décembre. Le gouvernement est confiant et moi aussi ! »
Nous avons félicité un Premier Ministre plus déterminé que jamais (d’autant plus que toute l’opposition pour une fois approuve son action) pour cette mesure de salubrité publique avant de lui souhaiter d’heureuses vacances sous un ciel bleu débarrassé de toute minionerie.

 

Lien vers la pétition pour la suppression de tous les Minions

www.jesuispourlegénocideprogrammédetouslesMinionssansexception.com

AMITIÉS GLACIALES

bloc-de-glace-pas-cher.pngJ’ai eu de nombreux amis glaçons mais je connus mes plus longues amitiés avec des blocs de glace. Des blocs de glace bien assis sur leur base. Le temps qu’ils fondent, qu’ils se fassent oublier, des tas d’émotions passaient entre nous. Sans commune mesure avec les amitiés caniculaires faites de sueurs et de chaudes larmes.

L’amitié n’est pas faite pour durer, la plupart du temps on cherche à prolonger ou à trouver en vain la raison d’un coup de cœur amical, bref et intense comme un coup de froid. Cela finit par tourner au vinaigre ou à rancir pour une histoire d’argent, de sexe ou de prestige personnel. Alors, avec un cube ou un bloc de glace, on voit l’amitié bien solide fondre sur pied et disparaître dans le caniveau. On peut l’entreposer au réfrigérateur si l’on veut méditer sur sa décomposition, la laisser en l’état et la faire péricliter en temps voulu. Avec du sel, on prolonge l’agonie. Avec du poivre, on la pimente. Avec de l’alcool, on s’en console.

Comme en amour, il suffit d’essuyer le lieu des effusions ou, s’il fait très chaud, d’attendre que ça sèche. Si on a été minutieux, on peut faire un time-lapse des différents stades de la déconfiture ou un cliché moderne. Cela a un effet revigorant, le selfie, comme le montre la cryothérapie. La glace sur la joue, la glace dans le cou ou dans le cul, ça régénère. Comme vous le sentez, les amitiés glaciales peuvent prendre diverses formes ou, en substance, divers états. Du solide au liquide en s’évaporant parfois par le gazeux, le gros clash bien foireux, une amitié triphasée, électrique, pour tout dire, qui vire au pétage de plombs.

À la fin d’une amitié pour laquelle on s’est mouillé, saigné aux quatre veines ou carrément foutu, on sait qu’il suffit d’un tour dans la glacière pour réaccoucher d’une émolliente amitié qui partira vite en grandes eaux. L’amitié, un bébé banquise ?