2020 – LECTURES DE NOËL : DERNIERS FEUX / La chronique de Denis BILLAMBOZ

DENIS BILLAMBOZ

Derniers feux car je voudrais que cette chronique résonne comme un hommage à Jean-Louis Massot, l’emblématique patron de la prestigieuse maison d’édition LES CARNETS DU DESSERT DE LUNE qui a publié tant d’ouvrages brillants, au moment où il va passer la main à d’autres qui auront à cœur d’assurer la pérennité de cette maison et la qualité des choix éditoriaux de Jean-Louis MASSOT. J’ai donc réuni dans cette chronique les deux derniers auteurs des Carnets que j’ai lus à cette date : un recueil de poésie de Sylvie DURBEC et le dernier opus de la trilogie de Michaël GLÜCK consacré à sa « prova d’orchestra ». Bonne seconde retraite Jean-Louis, désormais tu disposeras d’un peu plus de temps pour écrire et … convaincre un éditeur… mais pour ça je ne fais aucune inquiétude, si nécessaire, ton talent est reconnu au-delà de ta maison !

/////

Ça, qui me poursuit

Sylvie Durbec

Les carnets du dessert de lune

Ça, qui me poursuit - Sylvie Durbec - Babelio

Dans ce recueil Sylvie DURBEC propose une poésie très libre où les vers ne sont parfois qu’un seul et unique mot. Pendant ma lecture, j’ai eu l’impression, mais je peux me tromper, que sa plume suivait le cheminement de sa pensée qu’elle matérialisait par quelques mots, une phrase complète, quelques phrases très courtes, même un seul mot ou une suite de mots séparés par un point, qu’elle déposait sur la feuille les mots ou le mot unique qui pouvait exprimer son sentiment, ses impressions, ses réflexions, ses réactions devant la situation qu’elle décrivait. Ainsi ses vers semblent suivre le cheminement de sa pensée en la ponctuant de mots ou expressions sensations, émotions, idées, interrogations, négations, refus…

Elle décrit un paysage qui semble le sien, le monde dans lequel elle vit, les petites choses de la vie mais aussi les nouvelles du monde qui viennent percuter la quiétude de son milieu. Elle n’est plus toute jeune, elle a déjà un fils de son fils qui interroge les étoiles.

« L’étoile solitaire, a dit l’enfant, fils de mon fils / Le plus âgé, aura bientôt de la compagnie /Et nous avons levé les yeux. »

Cet enfant est source de bonheur et de joie mais il est aussi questionnement sur la progéniture, sur les chemins que les enfants empruntent. Les actualités nourrissent une forme d’inquiétude sur le devenir de ces enfants lorsqu’ils deviennent des fils, des grands frères.

« Avoir des fils. / Qui sont frères. / Et se demander. // Se demander ? / Oui, s’interroger sur ces fratries prêtes à / Mourir ensemble. »

Même le pire meurtrier a été un enfant et reste un fils, un petit-fils, peut-être un frère, un petit frère affectueux, un grand frère attentionné. Et, il est à jamais « un enfant de Dieu » comme Cormac McCarthy l’a écrit dans son célèbre roman. Alors, pour la mère ou la grand-mère, il reste la culpabilité d’avoir enfanté un fils meurtrier.

« Qu’a pu comprendre la mère des tueurs ? / Figée dans le déni. »

« Mère de fils. / Donner la vie à qui donne la mort ? / Vraiment ? »

L’enfant est au cœur de ce recueil mais il n’est pas le seul sujet, il y a aussi d’autres personnages de passage : Le Marseillais, l’ami anglais, Claude-Aziz, le brave paysan qui ne sent pas encore sa mort prochaine : « … / Retourné dans la salle d’attente / à sourire / ce qu’il espère / est déjà sous terre »

C’est son monde que Sylvie décrit avec des mots comme des coups de pinceaux que l’artiste dépose sur la toile, des mots lumineux pour représenter les enfants et, sur les bords du tableau, des personnages, des paysages, des petites choses qui pourraient paraître insignifiantes mais qui font partie de son univers, de son quotidien, de ses préoccupations…

Le livre sur les site de l’éditeur

+

ultima prova d’orchestra

Michaël Glück

Les carnets du dessert de lune

ultima prova d'orchestra// Michaël Glück

Avec cette ultime répétition orchestrale, Michaël GLÜCK clôt le triptyque qu’il a initié avec « prova d’orchestra » et « nuova prova d’orchestra ». C’est sa dernière répétition en musique et ça aurait pu être aussi la dernière publication de Jean-Louis Maurice Massot, le célèbre chef d’orchestre des Carnets du dessert de lune mais j’ai entendu dire que, comme tous les artistes dignes de leur statut, il projetait d’effectuer une dernière tournée avec deux nouvelles publications. On saura rapidement quand nous pourrons chanter, comme Eddy Mitchell :

« C’était la dernièr’ séquence
C’était la dernièr’ séance
Et le rideau sur l’écran est tombé
 »

Jean-Louis aurait ainsi pu conclure sa carrière éditoriale en musique et consacrer son temps libéré à l’écriture qu’il pratique avec le même talent qu’il choisit les textes et cultive ses légumes. Cette ultime répétition ne le sera donc que pour Michaël et ses lecteurs qui dégusteront donc pour une dernière fois ses traits d’esprit, calembours, aphorismes et autres jeux de mots musicaux qui rendent notre confinement moins triste. Il a dès son premier aphorisme situé son recueil dans cette maussade période : « En temps de pandémie, les musiciens ne joueront qu’une note sur deux et éviteront de pointer les noires, dit-elle ».

Cette dernière répétition est courte, vive, alerte, enjouée, construite sur des jeux de mots fulgurants, drôles, parfois même hilarants :

« Ne jouez pas trop fort. Le sourd dine »

« Quand le chef passe au piano, il faut écailler le bar dans le bac. »

Et quand l’auteur et son entourage ont fini de manger, il parle de musique dès qu’ils ont su que « La clef de sol est sous la paille à son », se lamentant encore et encore qu’« Il n’y a pas de prix Nobel de musique sans doute à cause du canon ». Mauvaises langues, ils répéteront encore que « Certains orchestres ne devraient jamais quitter la fosse ».

J’ai bien ri aussi quand j’ai lu ces jeux de mots déformant des noms propres pour en tirer le meilleur effet :

« Jazz, voilà la musique qui réveille ». (L’horlogerie c’est la spécialité de ma ville)

« La Walkyrie ? Pas de quoi en faire un fromage ». (La crème de gruyère est une autre spécialité comtoise).

« Elgar n’habitait Austerlitz ». (Pour celui-ci, j’ai eu un pensée pour la BD Hägar Dünor).

La dernière répétition est close, l’orchestre va pouvoir se déchaîner en soufflant une tempête de notes mais nous n’oublierons jamais que « Les mots sont musique avant d’être des mots ; peu importe ce qu’ils vont dire, nous n’écouterons que leur chant ». Alors avec Michaël Glück chantons les mots … avant de chanter avec Eddy Mitchell !

Le livre sur le site de l’éditeur

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s