LE ROUGE-GORGE de PHILIPPE LEUCKX (Ed. Henry) / Une lecture d’Éric ALLARD

Article - Association des écrivains belges de langue française

Alors qu’il est occupé au potager, le poète voit surgir, à moins d’un mètre cinquante, un rouge-gorge.
« C’est l’inattendu dans nos vies. [.…] Le rouge-gorge s’est montré au plein milieu de mes doutes. […] Le rouge-gorge savait que j’étais d’une mélancolie dense. Il venait contrer ma tristesse. »

L’oiseau imprévu se plante, si on peut dire, dans le décor, au plus clair des jours, pour rassurer l’homme, instaurer un dialogue entre la nature et lui-même, le relier à son enfance et éloigner les nuits du chagrin et de l’angoisse, en relation continue avec les absents, les « mille vies parallèles » à la sienne.

Le rouge-gorge n’est pas la seule apparition dans la vie du narrateur-écrivain, il y a aussi la petite Laura, née elle aussi comme un miracle, une grâce, un autre oiseau inespéré et si bienvenu.

De Laura, il écrit :

Elle sait ouvrir mon ciel

jusqu’à ses bleus profonds

et m’enjoindre

d’oublier les miens

petites blessures de rien

Puis, Philippe Leuckx nous fait partager ses je d’ombres et de lumières, à sa façon, douce et aigue, jamais convenue, ménageant de subtils bonheur d’écriture au gré, notamment, de ses marches « au hasard des souvenirs » ou « dans la splendeur cachée  de ruelles […] secrètes », et de son exigence poétique. Comme dans de précédents recueils, il glisse du vers à la phrase pour exprimer, au plus près de ses sensations et de la « pulsion du monde », ses émerveillements comme ses moments de lassitude.

La proximité avec la nature, son attention aux lumières du jour et à la succession des saisons sont le gage chez Leuckx d’une connexion à l’enfance, jamais démentie et qui constitue le terreau où souvenirs et mots lèvent et fructifient.

Malgré tout, et c’est ce qui ressort ici et là aussi de ce beau recueil, les mots ne viennent pas automatiquement de ce qu’on observe ou perçoit, même si on leur accorde une place de choix.

Il faut vivre, prendre du champ, les laisser se poser, reprendre corps, de même qu’il ne faut pas penser enfermer tout le monde dans leurs lettres. Ils viennent, il semble, comme l’oiseau, sans qu’on puisse le prétendre ; il s’agit seulement de favoriser leur venue.
Comme l’oiseau, comme Laura, ils sont « une illumination » dans la marche de l’existence.


Philippe LEUCKX, Le rouge-gorge, Ed. Henry, coll. La main aux poètes, France,2021, vignette de couverture : Isabelle Clément, 46 p., 8€.

Le recueil sur le site des Editions HENRY


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