2020 – LECTURES POUR CONFINÉS : LES CACTUS FLEURISSENT AU PRINTEMPS / La chronique de Denis BILLAMBOZ

2018 – RENTRÉE LITTÉRAIRE : IN MEMORIAM, par Denis BILLAMBOZ – LES ...
Denis BILLAMBOZ

Honnêtement, je ne sais absolument pas quand fleurissent les cactus, je sais seulement que les P’tits cactus de CACTUS INEBRANLABLE Editions fleurissent toute l’année sur les rayons des librairies et bien ailleurs encore. Je voulais simplement parler de ceux qui ont fleuri sur mon bureau au cours de ce printemps calamiteux pour en faire profiter tout ceux qui se morfondent sans savoir comment meubler le temps qu’on les oblige à passer à la maison. Je leur conseille donc une bonne cure d’aphorismes des P’tits cactus à laisser fondre doucement sur la langue à raison d’un recueil par semaine, je suis sûr que ceux qui suivront attentivement ce régime, supporteront beaucoup mieux le confinement.

 

Le souverain poncif

Massimo Bortolini

Cactus inébranlable

Massimo Bortolini a remarqué, lui aussi, que le poncif est devenu omniprésent, incontournable, qu’il envahit le langage, et que notamment « En politique, le poncif est souverain ». Il devient même la matière première de la langue de bois que nos dirigeants manient avec un si grande habilité à n’importe quelle occasion et même le plus souvent possible.

Mais Massimo n’est pas qu’un censeur, il est aussi un poète, après lecture de quelques pages de ce recueil, j’ai vite été bercé par une certaine forme de poésie, il sait faire court, même très court, tout en conservant une délicatesse, une finesse et une forme allusive que Polymnie aurait certainement agréées et acceptées dans son art.

« Il faut toujours garder un désespoir pour la soif ».

Mais qui dit poésie ne dit pas mièvrerie, sentimentalité ou autre sucrerie littéraire, les piquants du cactus de Massimo sont parfois chargés de venin urticant destiné à stigmatiser certaines cibles ayant bien méritées une bonne démangeaison.

« Pour s’informer, on a souvent le choix entre la presse et le choléra ».

Dans son art d’aller au plus court pour en dire le maximum, Massimo ne perd jamais de vue le bon sens populaire négligé, même méprisé, par certains et, pour leur rappeler, il décoche quelques flèches qui font mouche à tout coup :

« Avis de recherche : perdu occasion de se taire ». Il doit y a voir foule dans tous les bureaux des objets trouvés…

« Quand on écrit autre chose que ce qu’on s’apprêtait à dire, on fait volte-phrase ». Dans leur bouche certains n’ont rien à faire tourner.

« La rentrée littéraire, ce moment où tant de livres paressent chez les libraires ». Son éditeur a eu assez de bon sens pour éviter cette période.

De toute façon, un auteur qui écrit qu’« Au prêt-à-porter, j’ai toujours préféré le prêt à enlever » et rapporte que « Je lui ai dit tout net à mon médecin : Vous n’aurez pas ma liberté de manger ! », ne peut-être qu’un brave homme cachant mal le talent qu’il démontre en dissimulant quelques jolies formules de style parmi les picots de son cactus, comme ce petit zeugme pétillant :  « Il tourna la page et le coin de la rue ». Ce que nous ferons pour atteindre la fin du recueil non sans avoir bien noté qu’« il est défendu de défendre ».

Le recueil sur le site de l’éditeur 

 

Cactus | Design poster, Graphic et Gif animé

 

La nuit porte jarretelles

Béatrice Libert

Cactus inébranlable éditions

Je n’ai pas pour habitude de comparer les textes les uns par rapport aux autres, mais, pour une fois, je me hasarderais à dire que ce recueil de Béatrice Libert est certainement celui qui est le plus poétique parmi tous eux que j’ai lus dans cette prolifique collection. Certains aphorismes sont de vrais morceaux de poésie :

« La clef du poème ne loge pas dans la serrure de l’idée »

« Sur le toit de l’enfance, l’aube d’un poème. »

A travers d’autres aphorismes, l’auteure évoque sa passion pour la poésie comme si elle était au centre de sa vie, à la pointe de ses préoccupations, dans les tiroirs du haut de sa pharmacopée :

« N’essaie pas de forcer l’ennui : c’est le sentier qui mène à la poésie. »

« Le poème du Rien passe par le chas du grand Tout qui cadenasse nos vies. »

Dans sa préface, Jean-Pierre Verheggen écrit : « Béatrice Libert est d’abord ici – d’abord et avant tout ! – une étonnante détourneuse » de fond et de forme ajouterai-je !

« Ce que les écrivains on dit :

« On ne fait pas d’hommes de lettres sans caser des bœufs. » »

Avant de conclure son recueil, Béatrice Libert adresse un fort bel hommage à la mémoire du poète liégeois Jacques Izoard à qui elle dédie deux pages complètes dont cette définition choisie parmi les autres dédicaces :

« Izoardent : qui éprouve un élan vital à la lecture des poèmes de l’auteur. Ant. : izoardeux. / De plus en plus de Liégeois sont izoardents. »

J’ai choisi l’angle de la poésie mais il y aussi dans ce recueil beaucoup d’adresse et de finesse, de pertinence et d’impertinence car l’une sans l’autre n’est que soupe sans sel ou baiser sans moustache !

Et pour termine, n’oublions jamais que « Quand le poème est tiré, il faut boire les vers. »

Le recueil sur le site de l’éditeur

 

Cactus | Design poster, Graphic et Gif animé

 

L’obstination du liseron

Olivier Hervy

Cactus inébranlable éditions

Dans ce recueil Olivier Hervy rassemble des aphorismes comme de véritables petites nouvelles, des miettes d’existence, des fragments de vie, des instants figés, directement inspirés de son quotidien notamment de ses relations avec sa charmante vieille voisine toujours impeccable, son bruyant voisin bricoleur, sa boulangère revêche, … Il relève les contradictions, les incongruités, les stupidités qui agrémentent l’existence mais aussi les distorsions, les disparités, les ambiguïtés qui fleurissent entre le langage et la réalité que ses personnages cherchent à décrire. J’ai noté ce qui est peut-être la plus petite tranche de vie du recueil : « Même chez lui, le petit voisin joue au foot dans mon jardin ». J’ai vu ce gamin taper trop fortement dans son ballon qui franchit la clôture entre son jardin et celui de l’auteur, je l’ai vu enjamber cette clôture et piétiner le jardin de l’auteur pour récupérer son ballon avant que le propriétaire du jardin intervienne toute vindicte dehors pour houspiller le môme. Avec seulement quelques mots l’auteur aura raconté cette petite histoire.

Olivier Hervy est aussi un bon pédagogue, il explique sa démarche. « l’aphorisme est une proposition. De difficultés différentes, certains très simples, d’autres plus compliqués. Le lecteur doit accepter de ne pas tous les comprendre ». Voilà qui me rassure, je suis sûr de sortir de cette lecture sans nourrir un complexe d’infériorité inutile. Comme un metteur en scène particulièrement clair et prévenant, avant de faire jouer les mots, il explique le jeu auquel il va les soumettre. Il expose le contexte dans lequel il a été amené à formuler presque chacun d’eux. Il livre ainsi une véritable leçon de création d’aphorismes à l’usage des amateurs qui voudront bien comprendre que « l’aphorisme s’approche plus du ski alpin que du ski de fond que l’aphoriste laisse volontiers aux romanciers. Nous, on va droit au but ! » Ainsi armé, le lecteur pourra débouler tout schuss dans ce recueil en prenant tout de même le temps de réfléchir car si l’auteur est généreux, il ne donne cependant pas tout. « Eh ! Je ne vais tout de même pas dire d’où vient chaque aphorisme, non mais ! »

Pour ma part, j’ai noté quelques extraits qui pourraient me concerner, comme cette pique un peu vacharde qui m’a bien fait rire : « C. qui sait tout faire est également toujours le mieux habillé et le plus cultivé d’entre nous. Aussi, cette fois, je me réjouis qu’il nous serve un rôti trop cuit ». J’avoue que j’ai eu parfois ce petit éclair de jouissance. « Le mode d’emploi illisible et compliqué m’indique surtout que je vais devoir me débrouiller tout seul ». J’ai bien senti, trop souvent hélas, moi aussi cette terrible solitude. Et pour finir, je voudrais rassurer l’auteur, il n’est pas seul à confondre, ou à oublier, des personnes qu’il est censé connaître, je suis aussi un excellent client de ce petit travers. « Je m’agace que ce voisin qui ne me reconnait jamais quand je le salue dans la rue soit si peu physionomiste, jusqu’à ce que ma femme m’informe que ce n’est pas lui, même s’il lui ressemble un peu ».

Et merci à l’auteur pour toute la pédagogie dont il a su faire preuve !

Le recueil sur le site de l’éditeur

 

 

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