2019 – LECTURES FRAÎCHEUR : PAROLES DE SAGES

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Denis BILLAMBOZ

Quoi de plus rafraîchissant par ces températures caniculaires qu’une belle page de lecture à l’arbre d’un grand arbre au feuillage bien touffu avec une boisson bien fraîche à portée de la main ? Pour vous encourager, je vous ai préparé quelques chroniques qui, j’en suis convaincu, vous inciteront à la lecture plutôt qu’aux exercices épuisants. Je me suis tourné vers deux sages qui ont su l’un cultiver son jardin en ne recherchant pas la quantité de légumes produits mais leur qualité et le plaisir de les cultiver, l’autre raconter un élan de spiritualité qui a traversé sa jeunesse l’incitant à une réflexion approfondie sur la vie et son après. Deux moments de réflexions et de sagesse qui trouveront les conditions idéales de vous interroger sous l’ombrage que vous aurez choisi.

 

Diogène ou la tête entre les genoux

Louis DUBOST

La Mèche lente

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Après avoir décrit dans « Bestiolerie potagère » le petit monde qui peuple son jardin, Louis Dubost, le poète jardinier, dresse un abécédaire de son potager dans lequel il regroupe les plantes qu’il cultive, celle dont il voudrait bien se séparer à jamais, les petites bêtes indispensables à une bonne récolte, d’autres plutôt nuisibles, et d’autres choses encore qui font partie de la vie d’une jardinier assidu et attentif à son carré de terre nourricière. Diogène, c’est Louis Dubost dont Georges Cathalo, le préfacier de « Bestiolerie potagère », dévoile qu’il fut « éditeur à temps plein, poète à temps partiel, professeur à temps professionnel, philosophe à temps perdu, élu local à temps difficile… ». Pour compléter ce portrait, je me réfère à sa descendance, ses merlottes et ses merlots, qui voudrait le dessiner avec les produits de son potager :

« une tomate pour le nez « rouge et long, une andine fera l’affaire » …, la bouche sera une cosse de petit pois entrouverte « avec les grains pour les dents » …, les cheveux avec des poireaux aux racines coupés à trois centimètres, etc… »

Si Diogène raconte son jardin, ses légumes, ses travaux de jardinage et toutes les petites bêtes qui le peuplent pour le plus grand bien de ses cultures ou le malheur de son potager, il glisse aussi dans ses textes de nombreuses allusions démontrant sa vaste culture. Il connait manifestement la littérature, surtout classique, mais aussi les arts en général, la politique, le sport, le cinéma et bien d’autres choses encore. Son écriture pleine de verve, lance des piques acérées en direction de ceux qui détiennent le pouvoir sans en user à bon escient et tous ceux qui ne respectent pas dame nature comme elle le mérite, au risque d’encourir ses foudres. Ces pointes d’impertinence habilement distillées assaisonnent délicieusement son texte et tous les légumes qu’il contient.

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Louis Dubost 

Son texte enchanteur chante à l’oreille quand il conspue toute une liste de petites bêtes, « ces saloperies de bestioleries », qui « sucent la sève, le sang, l’élan vital … » de ses plantations mais il est aussi un rien sentencieux quand il évoque avec ironie, dérision, moquerie narquoise, la politique, ceux qui la font, les errements de la société avec leurs responsables, la littérature et ses poètes prétentieux mais peu talentueux, le cinéma, la chanson, et parfois en rendant hommage à ceux qui ont véritablement du talent. Son potager n’est pas qu’un carré de terre, c’est aussi le monde dans lequel il vit.

De la pure poésie en prose, le bonheur est peut-être dans le pré mais il est peut-être aussi au potager quand le jardinier ne pense pas qu’à sa récolte.

 La poésie ne distrait pas, n’abstrait rien, elle extrait l’essentiel. Ecrire le jardin comme on sème les mots d’une poésie ».

De la poésie qui laisse sourdre un joli trait d’émotion quand le poète évoque son père. Mon père « Qui m’a laissé en héritage sa bêche à dents et son goût pour les livres. Depuis lors, …, je m’exerce avec entrain à casser les mottes et à bêcher le langage d’un potager de mots ». et, pour conclure je dirais au poète que j’abonde vivement dans son sens quand il écrit que : « La friche politique devrait en prendre de la graine : plutôt qu’à un énarque, il serait davantage pertinent de confier la gestion de l’Etat à un jardinier ». J’en suis intimement convaincu. Il ne me reste que quelques paragraphes à biner, quelques sillons à butter avant d’attendre que mes lecteurs récoltent mes mots avec mansuétude et gourmandise.

Le livre sur le site de La Mèche lente

Louis DUBOST sur Babelio

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Une saison avec Dieu

Jean-Jacques NUEL

Le Pont du change

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Bien étrange histoire que celle que raconte Jean-Jacques Nuel dans ce récit qui évoque sa première année à la faculté de Lyon (il ne le précise jamais, mais on peut le penser puisqu’il est originaire de cette ville et que le indices géographiques concordent avec cette hypothèse). L’hiver qu’il aurait vécu avec un colocataire bien étrange, surnaturel même. Pour meubler le grand appartement qu’il louait et pour réduire le coût de son loyer, il a recherché un colocataire qui s’est présenté en disant s’appeler Dieu, ce que l’auteur a trouvé suffisant, ne lui demandant aucune autre précision. Avec ce jeune homme, il a vécu un hiver, l’hiver 1974, particulièrement troublant, intriguant mais finalement paisible, agréable, enrichissant. Une compagnie qui ne serait pas étrange à sa réussite scolaire de l’année.

Dieu savait tout, savait tout faire, avait tous les talents, tous les dons, même celui de prédiction, c’était un véritable ange gardien, il veillait sur son colocataire en toutes circonstances surtout quand celui-ci commettait les abus que tous les étudiants finissent par commettre un jour ou l’autre. Il avait la sagesse de Bouddha, la force d’un athlète, l’intelligence d’un philosophe, l’amabilité et la convivialité du meilleur ami. Mais un jour il s’est évaporé dans la nature, a-t-il été ? rêvé ? fantasmé ? construit à partir de plusieurs autres personnages, bien difficile à dire sans avoir parlé avec l’auteur. Mais à mon avis là n’est pas la question, qu’il soit de chair et d’os ou seulement vue de l’esprit, cet être a existé et existe encore dans l’esprit de l’auteur et l’incline à une certaine spiritualité.

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Jean-Jacques Nuel

J’ai connu cette époque, j’ai quitté la faculté quand l’auteur y est arrivé et je voudrais qu’il m’excuse de l’avoir laissée dans l’état où il l’a trouvée mais je n’ai rien fait pour qu’elle devienne ce qu’elle est devenue.

« Dans les années 70, l’université était un merdier indescriptible. Une pétaudière. Une chienlit, pour reprendre le mot du général de Gaulle ».

Dans cette pétaudière, on ne parlait ni de Dieu ni de religion, ceux qui croyait en une religion quelconque ne s’en vantait surtout pas. A cette époque les diverses factions de gauchistes, communistes, socialiste plus ou moins progressistes s’étripaient pour démontrer que chacune d’elles était plus révolutionnaire que les autres, pour imposer leur vision de la révolution et du monde nouveau qu’il fallait créer.

C’est seulement en entrant dans la huitième décennie de sa vie que l’auteur a raconté cette histoire, en prétextant une certaine fatigue, une certaine usure, une certaine lassitude, toutes les altérations annonciatrices de l’approche de la fin. Je proteste un peu tout de même, l’auteur est plus jeune que moi et, si la maladie n’altère pas trop sa santé, il a encore de beaux textes à écrire, du moins je l’espère, avant de fermer définitivement ses livres ! On sent dans son texte, une volonté de donner une autre dimension à sa vie spirituelle avant d’affronter le versant inconnu de ce qui serait l’après.

Histoire extraordinaire, illusion spirituelle, révélation divine … ? Nous ne saurons jamais mais nous avons tous compris le message de Jean-Jacques Nuel, la vie n’est pas qu’une aire de lutte pour la possession des biens matériels, la vie c’est aussi un espace spirituel qui, peut-être, dépasse l’espace temporel qui nous est confié le temps de construire et consumer notre existence. On peut lire ce petit récit comme un évangile qui raconterait la vie d’une incarnation de Dieu auquel l’auteur croit de plus en plus fort. Chacun mesurera ses arguments à l’aune de sa propre croyance, moi je retiendrai avant tout sa grande sagesse et son désir de voir un monde plus ouvert à la spiritualité.

Je laisserai cette citation comme conclusion à cette chronique :

« Depuis la nuit des temps l’homme erre dans les ténèbres, sans savoir où il va. Les plantes sont moins sottes, qui se tournent vers le soleil. »

Le livre sur le site du Pont du Change

Le site de Jean-Jacques NUEL

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